Archimedia, 1er groupe des médias du bâtiment au Maroc

Le Maroc en force dans la 1ère édition du TERRA AWARD
Jeudi, 12 Mai 2016 16:53

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La terre a conquis le champ de l’architecture contemporaine.
Des centaines de bâtiments d’une exceptionnelle qualité esthétique et technique, émergent sur toute la planète : ils éveillent la curiosité des médias et de la profession. Pour mettre en lumière ces projets et révéler toute la beauté et l’intérêt constructif de ce matériau, plusieurs partenaires ont lancé en 2015 le TERRA Award, premier prix mondial des architectures contemporaines en terre crue.


cette première édition du TERRA Award a enregistré 357 candidatures venues des 5 continents. Un premier jury d’experts a nominé 40 projets réalisés dans 27 pays, pour leur qualité architecturale, leur valorisation des savoir-faire et leur insertion dans le territoire local. Ces projets seront regroupés dans un livre, une exposition itinérante et une base de données, dédiés à l’architecture en terre crue mondiale du XXIe siècle. Le jury, impressionné par la valeur technique et esthétique de nombreux bâtiments, a décidé de décerner en plus, 20 mentions et de rendre hommage à 5 pionniers.

Le jury final se réunira le 9 juillet 2016 afin de choisir, parmi les 40 finalistes, un lauréat pour chacune des neuf catégories du concours. Wang Shu, président d’honneur de ce premier TERRA Award, remettra les trophées aux gagnants lors d’une cérémonie qui aura lieu le 14 juillet 2016 à Lyon (France), dans le cadre du congrès mondial Terra 2016 et du grand événement « Lyon, capitale de la terre ».


Le Maroc est présent en force dans ce concours avec deux projets parmi les 40 finalistes. Dans la catégorie bâtiment d’activités, on trouve le centre éco-responsable Villa Janna à Marrakech. Il a été conçu par les architectes Denis Coquard & Jallal Zemmama et construit par le Centre de la terre, le personnel de la Villa Jenna, ainsi que SOS terre battue Marrakech, avec les techniques d’adobe et de pisé. Le deuxième projet sélectionné est l’Escalier du ciel et ville d’Orion, situé à la Plaine de Martha. Il a été imaginé par Hannsjörg Volth et édifié en pisé par des artisans locaux.
Dans les mentions spéciales, on retrouve l’école maternelle d’Aknaibich de Drarga. L’école a été conçue par M.A.M.O.T.H et BC Architects et construite par des maçons de la communauté d’Aknaibich, ainsi que 4 maalems de Skoura. La technique utilisée est l’adobe.


Le jury a également rendu hommage à l’architecte-urbaniste marocain Elie Mouyal, qui se veut le précurseur de l’architecture de terre moderne au Maroc.


Fatima Zahra MEDAOUI


3 questions à : Elie MOUYAL, Architecte urbaniste, spécialiste en architecture de terre


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Que représente pour vous l’hommage que vous avez reçu de TERRA Award ?


E.M : Ca représente presque 35 ans de travail dans un domaine qui n’a jamais été facile, ça représente également beaucoup d’efforts. Nous avons réussi sur toute cette période à toujours privilégier, quand c’était possible, les constructions soit en terre crue ou en construction locale. On a quand même construit beaucoup de bâtiments en béton, mais seulement quand c’était vraiment pas possible de convaincre les uns ou les autres. Ça fait plaisir de recevoir une distinction, même si des fois on pense qu’elle est venue un peu tard. Car, disons que je suis à la fin de ma carrière, et cela donne l’occasion de se poser la question : est-ce que ça valait vraiment le coup ? De ma part, j’attends toujours après tous ces efforts que d’autres fassent aussi l’effort de promouvoir la construction avec des matériaux locaux en particulier les décideurs, qu’ils soient publics ou privés, maintenant la balle est un peu dans leur camp. Avoir une distinction internationale ça fait plaisir, ça fera surement plaisir aux marocains, mais ça ne suffit pas. Ce sont des choses que l’on peut faire nous-même, on pourrait faire des distinctions nous-même, pas besoin d’attendre que cela vienne de l’extérieur. Et puis la vérité, lorsqu’on voit les projets primés à travers le monde, qui sont d’excellente qualité, je peux dire que personnellement depuis 35 ans j’ai plutôt régressé dans la recherche. J’ai fait le constat par rapport à des pays qui n’existaient même pas dans ce débat et qui présentent des projets formidables. Aujourd’hui, je ne suis pas sûr qu’on a les moyens. J’ai vu les projets marocains, de nos jours il y a peu d’initiatives dans ce domaine, la seule initiative sur laquelle je travaille, qui n’est pas de la construction en terre mais de la construction en pierre, c’est l’OCP qui la porte dans la ville verte de Bengurir. C’est la seule chose importante significative qui va être faite en matériaux locaux en pierre. Voila, dans les 10 dernières années je ne peux pas dire que j’ai eu une commande qui permet d’avancer .


Que pensez-vous de la qualité des projets marocains finalistes ?


E.M : Moi j’ai vu les deux projets finalistes, je peux parler de la sculpture du sculpteur allemand Hannsjörg Volth. Le sculpteur allemand, parce que j’étais présent lorsqu’il a commencé il y a une vingtaine d’années. J’ai donc suivi cette expérience depuis son début. Je souhaite que ce projet va recevoir un prix, puisque c’est un sculpteur que je connais depuis vingt ans et que j’apprécie beaucoup son travail, je n’ai pas de mal à dire ça. Concernant les autres projets des autres confrères, je ne peux pas trop, à ce stade, donner un avis.


Comment voyez-vous l’avenir de l’architecture de terre au Maroc ?


E.M : Il ne faut pas oublier que lorsque j’ai commencé mes études, il y a 40 ans, le Maroc avait déjà fait des expériences d’importance internationale, à Marrakech en particulier, sur la construction en terre dans les années 60. Le Maroc avait pris une longueur d’avance entre 1960 et 1965 et depuis, cette avance c’est clair qu’on ne l’a plus. A l’époque, dans les années 60, c’était une initiative gouvernementale et ça avait donné de très bons résultats. Aujourd’hui il n y a pas d’initiatives gouvernementales, les privés ont une gestion très courtermiste, donc à part des clients riches qui m’ont donné des commandes, j’ai réalisé une ou deux choses sans but lucratif. On a pas rentré ce domaine dans le bâtiment normal, donc tout à faire. Moi je veux juste savoir à qui je peux transmettre cette expérience pour que ça continue, parce qu’il y a quand même eu des acquis technologiquement intéressants, mais tout ça se perd très vite. Par exemple, dans les années 60, le travail qui a été fait, était déjà complètement perdu en 1975. De la même manière que le travail que j’ai développé durant 35 ans, dans quelques années il peut être perdu à nouveau. Il n’y a qu’une continuité qui peut amener à maintenir cet écosystème un peu marginal qui lui-même peut s’éteindre, alors que c’est quelque chose qui intéresse tout le monde au même temps, c’est ça qui est paradoxal. Au Maroc tout le monde est intéressé par la construction avec les matériaux locaux et la construction en terre, même dans le monde on pense que le Maroc est un grand pays de construction en terre à cause de l’histoire, mais la réalité en chiffres est trop marginale. Je pense qu’objectivement on a toutes les conditions réunies pour que cette architecture de terre continue à exister, mais il faut des initiatives aussi bien du public que du privé, les architectes ne peuvent pas tout faire seuls. De mon côté, ces dernières années j’ai fait des constructions privées de villas, moi-même je me suis rendu compte il y a une dizaine d’années que l’avenir de l’architecture en terre ce n’est pas de faire des villas, même si c’est intéressant et c’est aussi un champ d’expérience, mais ça ne peut pas être le seul moyen. J’ai fait plus de 50 belles villas dans la palmeraie, mais ce n’est pas suffisant, pour faire des projets innovants, il faut d’autres programmes, il faut des écoles, des dispensaires, des centres culturels, des musées,… Prenons par exemple tous les pays étrangers qui ont présenté des projets pour TERRA Award, ce sont des programmes très diversifiés. J’ai fait quelques bâtiments disons autre que du logement, une ferme pour SOS Enfants à Ait Ourir en 1985, un programme d’écoles dans l’Atlas qui n’a pas continué, dans la province de Taroudant, aussi un hammam pour la base militaire, mais ça ne peut pas être que les villas qui vont payer l’activité. Il faut que ça soit des projets publics ou de promotion, on ne peut pas rester tout le temps dans des projets personnels.

 

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n° 138 – Avril 2016

 

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