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La médina, modèle urbain pour le XXIe siècle ?
Vendredi, 25 Février 2011 15:23

La médina, modèle urbain pour le XXIe siècle


Nous croyons avec force que la médina, dans toute son acception culturelle, a un destin universel prospectif considérable et peut constituer la fondation de l’urbanité d’une nouvelle modernité humaniste et environnementaliste, à l'ère du développement durable.

Au-delà de la réhabilitation des médinas, Marc Gossé propose la modélisation des concepts pour révolutionner les notions fondamentales de l’urbanisme du futur. Marc Gossé nous livre ici le résultat de ses recherches qu’il afffirme depuis plus de 25 ans.


Médina n'est autre que le mot arabe pour dire « la ville ». Perverti par la colonisation, qui en a restreint la signification en désignant la ville historique, traditionnelle ou encore « indigène » (et ce malgré des tentatives d'interprétation remarquables comme par exemple la Cité des Habous à Casablanca), le mot a perdu son sens générique, au point d'appeler aujourd'hui « médinas » des projets particuliers, « simples » ensembles de logements de promotion, qui l'utilisent à des fins publicitaires, comme dans la ville nouvelle satellite de Tamensourt, alors que celle-ci devrait dans son entièreté être « médinale ».

Nous avons travaillé pratiquement durant 25 ans d'enseignement, avec nos étudiants, sur l'hypothèse que la médina pouvait devenir un modèle d'avenir et devait constituer un savoir fondateur pour tout architecte et urbaniste confronté aux questions architecturales et urbanistiques au Maghreb.

Nous avons décrit ailleurs (et d'autres avant nous), la médina historique et traditionnelle1, ainsi que les fondements théoriques de notre démarche développementaliste2.

Nous avons décrit, rejoignant en cela des auteurs comme Françoise Bouchanine, ou plus modestement Youssef Jamai, dans un beau travail de fin d’études3, les processus anthropologiques de détournement et réappropriation – mais aussi de gaspillage pour les promoteurs et architectes – pratiqués par les habitants dans les quartiers et logements qui négligeaient la source d’inspiration médinale.

Nous aborderons donc plutôt la problématique du modèle que la médina pourrait constituer. Nos contradicteurs nous disent avec insistance que la médina ne peut inspirer nos conceptions contemporaines, car elle serait inadaptée aux mutations sociales, culturelles et technologiques modernes et à l'ère de la mondialisation.

Ils nous reprochent de ne pas être « modernes » : nous connaissons et reconnaissons la modernité maghrébine4 et nous mesurons les mutations du monde, autant que les défis – peutêtre de survie – qu’elles posent. Mais nous pensons à une autre modernité que celle des périodes coloniales et néolibérales, plus respectueuse de l’écologie et du social, plus efficace et juste que l’exclusion-domination comme système politique de la cité.

Nous avons dirigé des exercices convaincants tendant à montrer la faisabilité et la pertinence de projets urbains contemporains basés sur le modèle médinal5. Cette même revue a publié nos contre-projets pour l’avenue Royale à Casablanca.

Bien sûr, la médina a en effet une cohérence telle que toute transformation ou mutation semble la remettre « structurellement » en question. Toutefois, comme le souligne Malek Chebel, cette cohérence peut se muer en séduction : « Au Maghreb, la séduction est faite d'architecture : elle est aussi bien la lettre inscrite, calligraphiée, tatouée sur le corps voluptueux de la ville que l'esprit. Car dans la ville, organisation pétrie de désirs vernaculaires, tout parle, même l'idiome des passions torrides d'été. »6

Mais au-delà de la séduction que peut exercer sur le professionnel, l'habitant ou le voyageur, l'ambiance particulière de la médina, ses foules, ses oasis, ses parfums, ses surprises, ses ombres et ses lumières, ses voix et ses musiques (à laquelle un Le Corbusier et le mouvement moderne tout entier ne seront pas insensibles7) existe la fascination qu'exerce la rationalité formelle et organisationnelle, ainsi que les potentialités socio-économiques et culturelles particulières de cette ville.

Les grands principes du développement durable y sont présents – bien avant l'adoption de ce concept à Rio – à savoir : un écosystème subtil et abouti entre nature et urbanisation, une capacité d’adaptation étonnante de la morphologie et des typologies architecturales, une économie d'énergie par la limitation de la mobilité polluante des automobiles et la densité du bâti, un processus participatif et une gestion conviviale des espaces urbains, des systèmes de solidarité et une pratique de l'égalité de statut entre personnes et représentations symboliques spatiales, qui tous ne demandent qu'à être encouragés, réactivés ou réinterprétés, contre un modèle urbain « générique »8 porté par l'ultralibéralisme moderniste mondialisé, qui génère la destruction de l'environnement, du lien social et de la diversité culturelle.

Nous pensons que, loin d'avoir accompli le travail de décolonisation mentale de l’urbanisme technobureaucratique néolibéral et de réappropriation culturelle du modèle urbain de sa grande tradition historique, le Maghreb se prive réellement d'un instrument conceptuel majeur : le modèle médinal. Piéton, dense, bioclimatique, rationnel et relationnel, le modèle médinal est peut-être l’alternative post-pétrole et post-capitaliste la plus appropriée pour le XXIe siècle, si nous parvenons à le décrire, le promouvoir et l’expérimenter, contre les forces de désinformation puissantes à l’œuvre dans le monde.


Marc Gossé

Architecte et urbaniste

 

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