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Ilias Selfati vu par Tahar Ben Jelloun
Jeudi, 03 Mars 2011 11:43

Ilias Selfati vu par Tahar Ben Jelloun

Selfati a vécu dans la capitale française pendant trois mois, et y a travaillé sur son thème de prédilection : la forêt des hommes.

Cet artiste marocain traque la forêt humaine sous forme d’ombres chevalines immenses, enchevêtrées, mouvantes, infinies. Marqué par les cavalcades de son père dans les déserts marocains, Selfati en a retenu les silhouettes noires, vacillantes comme des mirages sous l’écrasante blancheur de la lumière.

Art minimaliste et répétitif, peinture de la lumière, les découpages, les toiles peintes et la grande fresque cavalière ont le rythme chaud et la force obscure d’un romancero de Garcia-Lorca, ou d’une « Nuit sacrée » de Tahar Ben Jelloun. Celui-ci a d’ailleurs bien voulu analyser la poétique étrange de cet enfant secret du Maroc.


La peinture de Selfati n’est pas un miroir du réel, elle est la partie inconsolable, parce que invisible. Derrière la répétition des signes, objets ou traces de corps inachevés, il y a un autre monde, un territoire non exploré, celui où se perd le songe, celui d’où s’envolent les certitudes.

Dans la forêt, c’est l’éternité qui se masque. Une image répétée à l’infini s’annule et fait couler la peinture comme si rien n’était définitif dans la vie, c’est-à-dire dans l’art. Ne subsistent que doute, appréhension, illusions.

Le travail de Selfati s’insinue entre les mailles d’un rêve d’enfant persuadé que la terre est un horizon continu, une ligne infinie séparant la blancheur du ciel du bleu de la mer. C’est une toile tendue entre deux arbres dans une forêt magique, une forêt où il pleut des couleurs.

Il peint des forêts peuplées d’animaux et d’objets étranges parce que déplacés de leur lieu : arbres inutiles, branches sans fruits, ainsi que des maux sans cruauté. Seules des peaux sur lesquelles ruissellent des couleurs modestes, des couleurs du souvenir incertain, celui qu’on ne cesse d’inventer.

La forêt devient légère comme une rivière apaisée. Là, l’imaginaire a brouillé les pistes parce que derrière cette représentation irréelle d’une réalité réputée simple, il y a une douleur, un soupçon de douleur, il y a le souvenir pudique d’une souffrance. On ne saura pas laquelle. Selfati ne peint pas pour donner de l’espoir aux images de la vie, il va au-delà à la recherche de quelque lueur.

La splendeur de tant d’arbres inconnus se trouve comme par méprise dans des visages dont il faut deviner les traits et le regard, dans des objets quotidiens détournés de leur fonction, dans des jets de couleurs tentant de mettre de l’ordre – une harmonie inespérée dans un monde qui n’ose pas dire qu’il souffre. C’est une solitude blanche qui nous est donnée à voir. C’est un corps ébloui qui se dissimule derrière les buissons. C’est un désir de comprendre la fulgurance de la vie. Il y a comme un pressentiment d’allégresse par l’amour.

De la forêt où des animaux étaient suspendus aux arbres, ou plus précisément posés comme des traces sur des buissons, Selfati est passé à sa propre forêt, celle de l’enfance où il accompagnait son père, cavalier dans l’armée, dans la région de l’Oriental marocain, à Ahfir. Là, le regard de l’enfant emmagasinait les images des chevaux. Avec le temps, ces souvenirs se sont éloignés du réel. Ils sont devenus des impressions noires sur fond blanc, des figures découpées dans la matière brute.

Perpétuel insatisfait, Selfati poursuit un travail sur la forme et avance sans regarder en arrière. Il donne l’impression de quelqu’un qui a un itinéraire et qui le poursuit avec sérénité apparente, mais qui cache au fond une grande intranquillité. Peut-être que sa pratique des arts martiaux le met à l’abri de l’agitation égocentrique caractérisant certains créateurs. Selfati trace son chemin, prenant des risques au point de surprendre et de désarçonner ceux qui le suivent depuis le début.

Il a raison de ne pas céder à la tentation des origines, de ne pas se laisser prendre par l’appel des racines. Là réside son originalité. Que ce soit au Maroc ou en Espagne où il vit, sa peinture échappe aux catégories rassurantes de l’identité. Elle existe par elle-même et non en référence à une tendance ou à une appartenance géographique ou culturelle. Il reconnaît être intimidé et bouleversé par le travail de Jackson Pollock, comme il se souvient de sœur M., une femme remarquable de l’église espagnole de Tanger, qui lui a appris à dessiner alors qu’il n’avait que trois ans. Le souvenir est présent avec une discrétion voisine de l’oubli. Ce n’est pas de l’abstraction ; c’est la présence charnelle de corps qui ont besoin du regard des autres pour chanter. On sait que Selfati a d’autres forêts à découvrir et à traverser. C’est pour cela que nous sommes nombreux à le suivre avec une exigence attentive.

Tahar Ben Jelloun

 

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