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Portrait d’un précurseur
Mercredi, 09 Mars 2011 11:11

 

Portrait d’un précurseur


Et dire qu'on pourrait réduire la facture de l'éclairage public de 30 % ! Il suffirait pour ce faire de s'adresser à un concepteur lumière qui s'évertuera à montrer les dernières technologies et les bénéfices à en tirer. Mourad Nqibat s'est spécialisé dans ce domaine et ouvre un champ professionnel inédit pour des maîtres d'ouvrage de plus en plus exigeants.


C’est le parcours classique de ceux qui se forgent à la force du poignet. Sorti de l’ENSI de Casablanca, Mourad Nqibat a connu très jeune la vie active. Il s’est approché de son domaine de prédilection en travaillant chez Fenie Brossette comme commercial, puis chez EDS (Energy distribution système électrique) en tant que chargé d’affaires. Mais sa plus grande expérience fut certainement celle qu’il a reçue chez Philips. C’est là qu’il a forgé ses armes en s’imprégnant de la connaissance du matériel, de l’équipement ainsi que des dernières techniques. En tant que Project Chanel Manager, il parvient à côtoyer les célébrités de ce petit monde des concepteurs lumière en France, en Hollande et dans les pays avancés. Sa fréquentation assidue de cette sphère le séduit au point de reprendre ses études. Il prépare un master sur la perception des prescripteurs privés et sur le métier de consultant lumière à l’IGR (Institut de Gestion de Rennes). Il décide de sauter le pas et de s’établir dans le privé en créant la première société entièrement dédiée à la conception de l’éclairage et au suivi de l’installation. Une toute petite niche qu’il compte bien exploiter en grand avec une SARL qu’il gère seul. Le premier concepteur lumière « made in Morocco » est ainsi né. Parcours atypique, grandes ambitions et beaucoup d’énergie ont été les ingrédients avec lesquels ce quadra sympathique a décidé d’avancer. En effet, il prend un grand risque en se mettant à son compte. Car lorsqu’il propose ses services pour les grands projets, c’est trop gros pour lui, et l’on préfère faire appel à l’expertise étrangère, et lorsqu’il s’agit de projets moindres, c’est trop petit et hors budget. Sa spécialité n’est donc pas connue au Maroc et les grands architectes, bureaux d’études et maîtres d’ouvrage ne font pas appel à lui spontanément. Cependant, il est parvenu à assurer la mise à niveau de l’éclairage du stade Moulay Abdellah à Rabat avec le ministère de la Jeunesse et des sports, le projet de TetuanShore avec l’architecte Abdellah Laghrari et la ville nouvelle Sahel, située à Casablanca, Lissasfa avec Al Omrane et le BET ICP. Pour lui, le client qu’il affectionne est l’architecte Laghrari car il lui fait confiance ! « J’ai pourtant visité toutes les grandes agences d’architecture et parlé aux architectes de renom, mais aucun ne m’a encore rien confié » déplore-t-il, dépité. Pour lui, la tendance de la charte de l’environnement vient conforter ses idées de protection du patrimoine bâti et d’économie de la lumière. Cependant, rien ne pourra s’effectuer durablement sans une volonté politique claire appuyée sur une feuille de route. En commençant au préalable par l’espace urbain public où l’éclairage s’est banalisé avec une mauvaise approche. En effet, aucune réflexion préparatoire ne parvient à sélectionner les choix d’appareillages et d’ampoules. On pare souvent au plus pressé en utilisant ce qui existe de moins cher sur le marché. Or, en achetant ainsi des technologies anciennes sur lesquelles ne s’adaptent que des ampoules incandescentes ou fluorescentes ou encore à vapeur de mercure, les collectivités locales s’exposent à payer beaucoup plus cher l’énergie surconsommée et devront repenser le recyclage des ampoules usagées.

L’éclairage public devrait être soumis à des lois afin que le concepteur lumière puisse jouer pleinement son rôle et remplir sa mission. Il faut dire, en effet, que l’économie d’énergie est substantielle pour plus de luminosité. Depuis l’invention de la lumière artificielle, son usage s’est dévoilé en premier lieu dans la rue. L’éclairage public assiste, guide et rassure aussi bien le piéton que l’automobiliste. Ces dernières décennies, la lumière exprime l’identité urbaine, au sens large du terme. Elle procure une lecture réitérée de l’espace, illustre des perspectives harmonieuses et des détails originaux, indique les chefs-d’œuvre de l’architecture. Elle peut rendre l’espace urbain attractif et sécurisé et apporte ses atouts pour démontrer qu’elle est l’un des principaux acteurs dans l’économie et le développement durable de la ville. Selon Mourad Nqibat, « au Maroc, nous manquons d’une vision prospective en matière d’éclairage public et cela pourrait réduire la facture de 30 ou 40%. Sans une étude de la part d’un concepteur lumière, tout ceci ne sera qu’utopie.

» Une législation nationale devra se pencher sur la rationalisation de l’usage de la lumière dans les espaces publics et privés, extérieurs et intérieurs, et ce, à partir d’une efficacité énergétique maximale, d’une réglementation thermique minimale et d’une exploitation en durée de vie, en consommation et en maintenance optimales. Pour parvenir à cela, rien de plus simple ! Faire confiance à des concepteurs éclairagistes talentueux qui, au-delà de leurs compétences, personnalisent, par la maîtrise des éléments à magnifier par la lumière, chacune des conceptions. La mise en lumière met en relief l’histoire de la ville, sa culture, pour répondre aux attentes de ses citoyens, des collectivités et des touristes. On peut estimer notre retard de l’usage raisonné de la lumière à plusieurs décennies. Dans notre pays, l’incohérence résulte des choix de différents décideurs pour les réalisations des installations d’éclairage. Alors qu’il suffirait de normaliser les cahiers des charges pour harmoniser les villes et mettre en exergue des monuments pour ponctuer les circuits de promenade. Qui ne s’est pas arrêté, quelques minutes, devant la Tour Eiffel, saisi par son bel éclairage de nuit ? La fête de la lumière s’organise chaque mois de décembre à Lyon, pour rendre hommage au bon usage de l’électricité. La lumière constitue un atout pour l’environnement, à moins qui ne soit mal gérelle. Si l’on en croit certaines estimations, 20 % de la surface de la Terre seraient touchés par la difficulté de distinguer les étoiles dans le ciel en raison de la luminosité nocturne. La lumière artificielle est la deuxième cause de mortalité chez les insectes. Elle perturbe aussi considérablement les oiseaux migrateurs qui se déplacent dans leur majorité la nuit en s’orientant grâce aux étoiles. Ceci justifie déjà une prise de conscience pour de nombreux écologistes et protecteurs de la nature. La Fondation de Bill Clinton a pu montrer l’exemple à Los Angeles. La métropole a opté pour les nouvelles technologies d’éclairage écologique et a pu réduire sa facture énergétique pour son éclairage urbain avec 40.500 tonnes de CO2 en moins par an. Ce qui représente, par an, l’équivalent de 6.700 voitures retirées de la circulation. Une fois les installations terminées et les investissements remboursés ce sont quelque 10 millions de dollars que la ville de Los Angeles économisera chaque année. L’éclairage public représente 10 à 38% des coûts en eau et en énergie d’une ville. Aujourd’hui, 40 métropoles internationales sont soutenues par la FBC dans la lutte contre le réchauffement climatique : Berlin, Athènes, Los Angeles, Londres, New York, Rome, Rio de Janeiro, Sao Paulo, Tokyo. A quand Casablanca ?


Marwan Seddik

 

 
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