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Construire (enfin) des bâtiments à faibles impacts sur l’environnement
Lundi, 05 Août 2013 13:01

Malgré les réticences du BTP à produire plus propre, le couple Architecture et Environnement a de l’avenir... Encore faut-il savoir s’entourer des spécialistes en la matière. Yamina Bellahcene, Directeur technique chez Comete Ingenierie et enseignante, souligne l’urgence d’une telle démarche.

 

Batiment_Impact_Environnement

 

Le Maroc a connu ces dernières décennies un essor économique soutenu, grâce notamment à l’agriculture, la pêche, le développement urbain, les infrastructures et le tourisme.
Ce dynamisme s’est cependant accompagné d’impacts négatifs sur l’environnement : croissance exponentielle de la facture énergétique, dégradation accélérée de la qualité de l’air des grandes agglomérations, déforestation et désertification, raréfaction et perte de qualité de l’eau, augmentation et mauvaise gestion des déchets, menace sur la biodiversité, dégradation intense des ressources naturelles non renouvelables et du cadre de vie, sécheresse due essentiellement à l’effet de serre (source : ministère de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement).La liste impressionne et inquiète.

 

La mise en place d’un système de management environnemental (SME) permet d’identifier les besoins, de les hiérarchiser et de les traduire en objectif .

 

Le coût socio-économique de ces impacts n’est pas négligeable : risques pour la qualité de vie et la santé (augmentation des maladies respiratoires et taux de mortalité, déchetteries sauvages, etc.), menaces sur le développement du pays. Cet impact représente un coût d’environ 13 milliards de DH par an, soit plus de 3,7% du Produit Intérieur Brut (PIB) de 2003.

 

La responsabilité du BTP

Le BTP est un secteur dynamique et essentiel à l’économie national. Il contribue pour plus de 6% à la croissance annuelle du PIB. Cette part est en constante augmentation (source HCP). L’impact environnement du BTP est à la hauteur de son activité.
Le Royaume est devenu un immense chantier. Il génère une demande en énergie sans cesse croissante : de 9,7 Mtep en 1999 à 15,1 Mtep en 2009, soit un accroissement annuel moyen de plus de 5 %.

Vingt-deux millions de m3 de sable sont utilisés chaque année dans le BTP. Entre 60 et 80% de ce volume provient des plages et du cordon dunaire en zone littorale. Ces prélèvements mettent en péril la ressource, mais aussi la faune et la flore qui composent cet environnement sensible.
Chaque année, le Maroc produit une montagne de près de 9 millions de tonnes de déchets de chantier, sous lesquels les plus grandes villes marocaines et leurs périphéries croulent. En 2003, le coût de la dégradation environnementale due aux déchets solides était estimé à 0,5 % du PIB, un des taux les plus élevés de la région MENA. Et la liste n’est pas exhaustive…

 

Une démarche environnementale globale

Devant ce constat, quelles sont les solutions à envisager ?
Pour les maîtres d’ouvrage, qu’ils soient publics ou privés, il s’agit de mener une démarche environnementale globale pour leur projet de construction ou d’aménagement, de l’étude de faisabilité jusqu’à la vie en oeuvre de l’ouvrage.
La mise en place d’un Système de Management Environnemental (SME) permet d’identifier les besoins, de les hiérarchiser et de les traduire en objectif de performance dans un cahier des charges reprenant l’ensemble des problématiques environnementales : économies de ressources (énergie, eau, matériaux, etc.), confort et fonctionnalité des usages (mobilité, gestion des déchets d’activité, etc.).
Le SME a l’avantage de s’adapter à chaque étape d’un projet. Il permet d’assurer une organisation fiable qui améliorer les pratiques. Chaque décision est définie, planifiée, réalisée et contrôlée, sans laisser de place à l’improvisation ou à l’approximation.

 

La place de l’AEMO

Un acteur apparait indispensable pour accompagner le Maître d’ouvrage au cours de ces étapes : l’Assistant Environnemental au Maître d’ouvrage (AEMO). Il représente son client, l’accompagne et le conseille dans la mise en oeuvre de ses démarches environnementales qui peuvent être plus ou moins formelles.
Il est important par ailleurs de confier les missions de conception et de réalisation à des personnes sensibilisées et compétentes, formées pour apporter les réponses les plus pertinentes. Car chaque projet est unique, il faut en connaître le contexte sitologique à différentes échelles (météorologique, sociale, faunistique, floristique, etc.).
Au stade du concours, les esquisses produites doivent être vendeuses, mais le risque est de s’attacher à une image qui ne sera pas la réalité, d’autant plus que les démarches environnementales ont un coût supplémentaire par rapport aux projets classiques. Le risque est donc de sacrifier l’aspect environnemental du projet sur l’autel du coût immédiat de l’ouvrage.

 

Le temps de la réflexion

Il faut que les Maîtres d’ouvrage donnent les moyens, en temps et en rémunération, aux équipes de Maîtrise d’oeuvre afin qu’elles puissent proposer des études réalistes, adaptées, contextuelles et performantes eu égard aux enjeux cruciaux qui attendent le secteur. Plus la réflexion est développée en amont des projets, moins il y a de risques de sacrifier des dispositions qui apparaissent après études trop coûteuses ou inadaptées au contexte. Il suffit alors d’utiliser des outils de simulation afin de dimensionner correctement les vitrages pour atteindre des niveaux de performances intéressantes et de jouer sur les couleurs et la finition des parois intérieures pour une meilleure réflexion de la lumière.
Parallèlement, les maîtres d’oeuvre doivent intégrer dans leur équipe des bureaux d’études capables de justifier les performances recherchées. Le bureau d’études environnement propose une expertise réaliste et justifiée permettant de mettre en avant les potentialités d’un site.

 

 

Yasmine_Bellahcene.

Yamina Bellahcene
Directeur Technique COMETE Ingénierie

 

 

« Notre démarche se veut avant tout adaptée aux contextes et au besoin du Maroc qui connait une situation environnementale détériorée. »

 

Quels sont les points essentiels de votre démarche dans le cadre des bâtiments verts ?

Y.B : Notre démarche se veut avant tout adaptée aux contextes et au besoin du Maroc qui connait une situation environnementale détériorée. Nous souhaitons participer à l’inversion de cette tendance pour notre pays, car nous sommes sensibles aux coûts socio-économiques de ces impacts et aux dégâts qu’ils peuvent causer durablement. Nous aimons notre pays et nous refusons de le laisser sombrer dans ces difficultés alors que de nombreuses ressources locales peuvent être mobilisées dans
ce sens.
Nous avons une jeunesse instruite, bien formée et qui souhaite s’engager dans l’amélioration des performances. Notre Roi, que Dieu le Bénisse, a donné une feuille de route ambitieuse dans ce sens. Elle promet d’engager le pays dans un développement plus soutenable pour notre environnement. Il existe d’ailleurs une Charte nationale pour la protection de l’environnement et le développement durable, dans laquelle les pouvoirs publics s’engagent à renforcer, selon les besoins, le dispositif législatif et réglementaire national en matière de protection et de valorisation de l’environnement et du développement durable.
Dans notre secteur d’activité, nous construisons sans isolation par exemple, et compensons cette faible performance par des équipements de confort comme la climatisation, qui consomment énormément d’énergie.
Bien que le coût de cette énergie soit globalement encore abordable, cela représente une dépense importante pour les ménages à faible revenus. D’ailleurs, plus le ménage est pauvre, plus il consacre une part importante de son budget à l’eau et l’énergie, ce qui semble logique.
Cette charge est également importante pour les PME. Cela risque de freiner leur développement et d’une manière générale celui du pays.
Or les PME représentent au Maroc presque 80% de l’entreprenariat.
Nous savons tous que Le Maroc est peu doté en ressources énergétiques, et dépend à plus de 95 % de l’extérieur.
La facture énergétique représentait en 2009 54,2 milliards de Dh, avec un pic de 71 milliards en 2008, contre 21 milliard de DH en 2003, ce qui est énorme. Ce sont les marocains qui payent au final la facture.

 

Comment faire ?

Y.B : Pour sauvegarder le pouvoir d’achat des citoyens et la compétitivité de l’économie nationale, l’Etat a soutenu les prix des produits pétroliers à hauteur de 25 milliards de DH en 2008 et 7,3 milliards en 2009, contre seulement 3,4 milliards en 2003. Cela constitue une lourde charge pour le budget et une réelle ponction sur la richesse créée par le pays
C’est dans ce contexte, alarmant, qu’a vu le jour, pour ne parler que du secteur de la construction, le Programme National d’Efficacité Énergétique dans le Bâtiment, confié par le gouvernement à l’ADEREE.Ses objectifs globaux sont la réduction de la dépendance énergétique ainsi que l’élargissement et la maîtrise des ressources énergétiques dans un contexte de développement économique.

 

Quels en sont ses principaux objectifs ?

Y.B : Les objectifs sont précis : contribution des Energies Renouvelables à hauteur de 10% dans le bilan énergétique national et 18 dans le bilan électrique à l’horizon 2012 et 15% à l’horizon 2020. Ce qui semble ambitieux, mais parfaitement atteignable compte tenu des ressources de notre pays.
La Réglementation Thermique dans le Bâtiment au Maroc (RTBM) est en cours de finalisation, elle fixe :
- Limiter les besoins thermiques annuels de chauffage et de climatisation des bâtiments
- Améliorer le confort Thermique d’été et d’hiver dans les bâtiments
- Réduire les consommations totales (combustible et électricité), ainsi que les dépenses d’exploitation annuelles avec un surinvestissement acceptable par rapport à une référence
Il faut savoir qu’à terme il faudra réaliser obligatoirement une étude thermique dès le dépôt du permis de construire afin d’attester des performances minimales de la construction. Les résultats seront également mesurés à la réception du bâtiment».

 

En matière d’accompagnement, qu’offrez-vous aux professionnels désirant construire «vert» ?

Y.B : Nous proposons une offre d’accompagnement dans la conception et la construction de bâtiments à faibles besoins en ressources (énergies, eau, matières, etc.). Nous disposons pour ce faire d’outils informatiques puis sants. Ils permettent de modéliser les projets et de répondre aux questions qui se posent dès la conception d’un projet de construction ou d’aménagement.
De plus, notre formation de base est le Génie Civil. Donc nous pouvons proposer des dispositions réalistes de mise en oeuvre, et vérifier la bonne mise en oeuvre des dispositions retenues pour le projet, ainsi que l’atteinte des performances environnementales.
Cette expertise se veut une démarche scientifique basée sur la justification des dispositions que nous proposons. Notre démarche est également pédagogique, car c’est un secteur jeune qu’il faut abondamment expliquer à tous les acteurs d’un projet.
D’ailleurs il y a un manque cruel dans le domaine de la formation des professionnels concernant ces problématiques, sur toute la chaine de production. Nous sommes en cours de préparation de plusieurs modules de formation afin de transmettre notre savoir-faire et nos compétences.

 

Comment mesurer la qualité des ouvrages ?

Y.B : Il existe différentes façon de mesurer cette qualité.Tout dépend de la nature de l’opération.
Pour les constructions neuves OU existantes, il existe des démarches environnementales et des labels de performances issus d’autres pays qui sont en avance sur ces questions. Celles-ci peuvent être certifiées ou non par des organismes indépendants.
Nous avons réalisé quelques opérations certifiées ou non certifiées en France, où nous avons développé notre expertise durant les quelques années où nous y avons étudié et travaillé.
Ces démarches exigent la mise en oeuvre d’une gestion spécifique permettant d’organiser le projet et les acteurs. Mais surtout elles apportent les preuves que les performances sont atteintes ou non. Elles permettent de réaliser des choix justifiés et en adéquation avec les exigences et les particularités de l’opération .

 

Comment intervenez-vous alors ?

Y.B : Dans ce contexte, nous intervenons à trois niveaux :
1. L’assistance environnementale à maîtrise d’ouvrage. Elles consiste à accompagner le donneur d’ordre dès la faisabilité du projet. Nous réalisons les études préliminaires comme les études d’impact ou les analyses environnementales de site, nous aidons à définir leur besoins et attentes pour le projet et à les traduire dans un cahier des charges. Nous aidons à choisir le Maître d’oeuvre et les entreprises présentant des compétences reconnues. Nous évaluons le projet à différent stade de son avancement pour en vérifier la conformité par rapport aux exigences du programme. Nous réalisons le suivi du chantier et la réception. Nous proposons également la vérification des performances pendant les deux premières années de vie du bâtiment. Cet intervalle nous permet également de sensibiliser les usagers aux gestes du quotidien qui permettent de réaliser de véritables économies. Cela s’apprend en effet.
2. L’assistance à maîtrise d’oeuvre. Nous assistant les concepteurs, architectes, bureaux d’études techniques, dans la conception et la réalisation de projet à faibles impacts sur l’environnement. Concrètement, nous réalisons les études techniques en lien avec les performances thermiques et énergétiques recherchées, le choix des matériaux, les économies d’eau, la réalisation d’un chantier à faibles nuisances, la préconisation d’études spécifiques, les énergies renouvelables, etc. Nous permettons de réaliser les meilleurs compromis au regard des attentes du client, de son budget et des possibilités du site.
3. La formation aux professionnels et auprès des universités.
Le pays est dans un virage important de son histoire. Nous entrons dans un monde plus globalisé et exigeant. Les Marocains attendent beaucoup de ces opportunités, mais il faut penser à notre environnement commun.
Que voulons-nous pour notre pays ? Un pays pollué à cause de ces désirs incontrôlés ?
Penser à notre environnement et au renouvellement de ses richesses dans de bonnes conditions est une condition vitale pour notre peuple.
En conclusion, si chacun de nous fait le peu qu’il peut avec conviction et responsabilité, nous ferons énormément pour notre pays».


 

 

 

 

 

 

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