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Dessinée par un roi, défendue par les siens PDF Imprimer Envoyer
Vendredi, 04 Mars 2011 16:39

Dessinée par un roi, défendue par les siens

André Azoulay, conseiller de S.M. Mohamed VI, a associé son nom aux actions culturelles qui ont rendu célèbre la vieille cité de ses ancêtres.
On lui a demandé de nous expliquer sa vision et les méthodes qu’il a utilisées pour convaincre et attirer les bonnes personnes sans détériorer l’âme d’Essaouira. Entretien.

Jamais personnage public occupant des fonctions officielles n’a été aussi engagé envers sa ville natale, Essaouira. Pour son développement, André Azoulay évoque trois axes : l’art, l’identité locale, le patrimoine bâti. Partant de ce que la ville maîtrise, sa stratégie fut accueillie d’abord avec scepticisme, puis a forcé le respect. Dix-sept ans plus tard, la démarche du précurseur offre de véritables leviers de création de richesses inestimables.

Le développement durable de la ville se profile et devient exemplaire, inspirant d’autres cités.

Mais le conseiller de S.M. le Roi Mohamed VI vous dira humblement qu’il ne fait que s’inscrire dans la continuité, définissant son lien avec Essaouira en premier lieu par son aspect historique. Pour lui, cette ville dessinée de la main du sultan alaouite Sidi Mohamed Ben Abdallah (1757-1790) devait avoir un dessein exceptionnel. En préservant sa singularité patrimoniale, elle ne fait que reconduire un joyau du Royaume dont la destinée a toujours été reconnue par les personnes qui se sont penchées sur l’histoire de la vieille cité, rétablissant les vérités. Il prélève deux femmes, « témoins engagés » comme Aïcha Amara ou Mina El Mghari, secrétaire générale de l’UNESCO. Pour lui, cette dernière a produit un ouvrage monumental, incontournable. Cet ouvrage de référence sur Essaouira est en cours de traduction et définit la dimension fondamentale de son évolution. En effet, Essaouira est entourée de mythe ; or, « elle n’est pas née de rien puisque dessinée de la main d’un roi de la dynastie alaouite, Mohammed Ben Abdellah, elle n’est donc pas un accident architectural, un urbanisme spontané, comme la plupart des villes marocaines. C’est d’ailleurs de là qu’elle tient son nom, Souira la petite image ». Du reste, l’appellation Mogador est aussi une appellation du cru héritée de l’histoire lorsque la ville était un comptoir commercial phénicien. Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, une appellation du protectorat français.

Et si une rue et un théâtre à Paris portent ce nom, c’est parti du sud vers le nord. André Azoulay compte sur l’esprit souiri pour reconduire son pouvoir d’émission, à l’échelle du monde, de la singularité culturelle dont elle bénéficie, à préserver absolument.

Quant à Cornut, il rétablit les faits historiques et rappelle que les solutions techniques à l’érosion marine que ce dernier avait proposées à l’époque pour la façade nord des remparts sur l’Atlantique, furent refusées. Au XVIIIe siècle, des remparts à la Vauban furent édifiés par un Marocain,

M. El Alej, honoré dans une rue de la ville, baptisée à son nom.

Les valeurs sociales et les vieilles pierres semblent veiller sur la quiétude d’Essaouira malgré l’abandon qu’elle a subi au XXe siècle. Son patrimoine bâti demeure une expression prégnante de ses particularités.

Le travail de la pierre, « Manjour » scié dans la pierre marine ou continentale, est une tradition ancestrale qui a donné lieu à des réalisations uniques comme des portes en pierre ou des colonnes sur pivot. Ces éléments architectoniques exemplaires n’existent qu’à Essaouira et ses artisans transmettent encore cette maîtrise artisanale de génération en génération. L’osmose entre les habitants et la richesse immatérielle constitue une ressource inépuisable. C’est ainsi qu’André

Azoulay se considère gardien de cette culture. Inspirateur des festivals qui s’y sont produits, il encourage les musiques classiques, populaires, ou la musique du monde. La vieille cité en dérive revient lentement à la vie, incluant ses habitants, évitant le risque de disparaître à cause de son oubli, de sa pauvreté et de son enclavement.

Il faut dire que dès sa nomination officielle en 1991, le conseiller de S.M. le Roi a mobilisé de nombreuses personnalités autour de l’idée de développement culturel à partir de son patrimoine endogène, demeuré intact. Les amis d’Essaouira se sont mobilisés pour s’engager à valoriser le site tout en préservant l’essence de sa culture marocaine. Un choix difficile qui transforme tout acteur en gardien d’héritage. « Je suis profondément souiri et mon engagement est fort, pour mon pays, le Maroc », affirme ce passionné d’Essaouira. Beaucoup lui attribuent la success story de la ville des Alizés. Lui, cite avec gratitude les directeurs de festivals.

L’alchimie qu’il voudrait voir se réaliser ne cède rien de l’identité première de la cité, conforte sa valeur tout en optimisant son rendement. L’attitude est moderne. Au sein d’une mondialisation amnésique qui fragilise le patrimoine immatériel par des actions brutales éliminant les disparités identitaires, il propose un renouveau possible. Rien n’exclut les grands projets touristiques comme Mogador, pourvu qu’ils souscrivent à la cohérence globale, en homothétie avec l’environnement.

Structurellement, la ville a besoin de conforter ses équilibres économiques, sociaux, environnementaux et culturels.

En inscrivant le site de Mogador dans ses contraintes, le COS est très faible et le site est préservé dans sa topographie actuelle ainsi que dans le paysage futur. Une station d’épuration y est prévue ; quant à l’architecture, la charte tracée par le roi Sidi Mohammed Ben Abdellah, au XVIIIe siècle esquissait déjà un respect des couleurs : blanc, bleu, le bois, la pierre, la pureté des lignes architecturales... Quoi de plus simple pour agir concrètement dans le développement durable !

Heureusement, quelques exemples réussis jalonnent la ville. Mais cela n’empêche pas de s’inquiéter pour les lieux de référence comme l’Hôtel des îles, où Orson Wells a séjourné, ou certaines belles demeures en cours de restauration.

Pour préserver l’âme de la ville, la vision ambitieuse de la culture comme plaisir esthétique et artistique constitue le terreau du développement durable, le guide pour toute initiative.

Bien d’autres traditions comme les chantiers navals, un art hérité des Phéniciens, perdurent. La stratégie de développement durable dans laquelle la ville s’est engagée s’appuie sur les savoir-faire qu’elle maîtrise, ses valeurs humaines, son histoire, sa musique, sa littérature, sa peinture.

La vision est réaliste parce qu’elle émane du lieu en confortant ses richesses propres et sa culture artistique. C’est pour cela que tous les mois, un événement de cet ordre vient animer ses rues accueillantes. À travers le monde, chacun vient s’y ressourcer pour savourer la fusion lors du Festival Gnaoua, la musique classique lors du festival de musique de chambre et de l’art lyrique, la musique andalouse lors des Andalousies Atlantiques ou encore celui des jeunes talents, le malhoun, l’étrange, Chrib Atay, etc. Chacun des festivals a sa propre structure de production et de direction, mais tous ont le même espace d’initiative, un unique lieu d’impulsion : l’association Essaouira Mogador, présidée par André Azoulay, relayée par la fondation du même nom. Tous ont leurs fans, de plus en plus nombreux. Mais celui des Gnaoua est certainement le plus grand, dépassant les objectifs des organisateurs. Le succès est un miracle lorsqu’on réalise qu’Essaouira ne propose ni conservatoire, ni salle de sport.


Selma Zerhouni

 

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