L’exception souiri Imprimer
Vendredi, 04 Mars 2011 17:04

L’exception souiri

Essaouira est une ville magique dont la croissance semble, jusqu’à ce jour, maîtrisée.
Malgré quelques malheureux projets qu’on a vu émerger à proximité de l’aéroport, les nouvelles constructions s’intègrent dans le paysage urbain sans heurts. Dans la ville intra-muros, les réhabilitations des vieilles demeures ont cette élégance discrète qui maintient l’essence des traditions sans sacrifier au confort d’une salle de bain ou d’une cuisine équipée. Les terrasses reprennent vie dans cette ville longtemps endormie, laissée à la dérive à cause de son enclavement. Mais cette sérénité n’est-elle qu’apparente ?

Il faut dire que l’animation d’Essaouira, dont il serait vain de vanter la qualité de l’organisation, parvient à attirer tant de personnes qu’il est légitime de s’inquiéter de son devenir.

Dans cette alchimie inestimable d’une mixité sociale liée par la joie de la fête, la musique règne. Elle contribue à l’ouverture d’esprit d’une population prête à accueillir tout changement. Ne dit-on pas que la musique est assemblatrice d’âmes ?

Ici, le raffinement des habitants respecte l’art et valorise toute richesse immatérielle. L’art, sans frontières, sous toutes ses formes, s’y épanouit. Il s’est établi une ambiance de détente que viennent chercher régulièrement des amoureux des quatre coins du monde.

Au-delà des géographies et des frontières, des appartenances culturelles et religieuses, Essaouira héberge sans hésitations un surplus de population important à chaque événement.

Pourtant, sans ce fameux « Essaouira spirit », la vieille cité serait démunie. Car, peut-on imaginer qu’une telle plateforme musicale, connue de par le monde, ne dispose même pas de conservatoire ? ni d’équipements sportifs ? ni de salle de concert ?

Paradoxalement, l’engouement enthousiaste pour la ville contient les ingrédients de sa fragilité. Car dans son besoin de grandir et de s’étendre, il s’agit de résister à l’appât du gain rapide. Dans l’installation des projets touristiques, il ne faut pas endommager l’environnement naturel de sites encore préservés. Dans la construction de logements de masse pour les démunis, il ne faut pas défigurer le paysage dans la médina et ses abords.

Dans ses hôtels, préserver le cachet architectural et le logement chez l’habitant. Dans la création de commerces au profit des touristes, maintenir le savoir-faire de la population locale. Dans la protection de la médina, permettre la sortie graduelle de l’engourdissement, sans admettre les dérives arrogantes.

Tout un programme de résistance à la stratégie passe-partout de mondialisation que l’on pourrait qualifier d’exception souiri.

Selma Zerhouni