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Vendredi, 04 Mars 2011 17:04

Quand souffle le Taros

Le Taros n’est pas un lieu matinal (il n’ouvre qu’à onze heures et demie du matin), mais son activité est originale : c’est un café littéraire où l’animation nocturne est surprenante. On ne se lasse pas d’y passer et repasser tant qu’on est à Essaouira. Étymologiquement parlant, le Taros est un nom berbère qui veut dire vent marin, c’est un vent du nord vénéré par les pêcheurs.

La maison du Taros date de deux siècles. Elle appartenait à des commerçants juifs, puis à une famille de Marocains, avant d’être vendue en 1995 à Alain Qurien qui l’a transformée en café littéraire : une activité très originale pour une époque où il y avait très peu de références culturelles occidentales dans la ville.

C’était un espace d’exposition pour les peintres, où les artistes bohémiens pouvaient s’exprimer. On pouvait y consulter des ouvrages d’art et assister à des réunions de discussions qui s’organisaient avec les artistes.

En 2002, Alain Fillaud le rachète et le développe en restaurant tout en préservant le concept d’espace littéraire et culturel, en rajoutant un bar-lounge comme espace d’animation nocturne sur la terrasse du toit. Il en a fait un lieu de référence à Essaouira pour l’organisation de soirées privées, organisation de concerts gnawa et de fusion.

Tout est resté d’époque, seul le toit a été transformé en terrasse. Afin de consolider le sol, les poutres ont été démontées et numérotées pour être remontées à l’identique une fois la dalle de béton coulée.

La restauration a été faite par des maâlem, un architecte a été seulement signataire pour les autorisations administratives puisque la structure de la maison n’a pas été transformée.

Alain Fillaud a expliqué la difficulté de percer les murs en pierre pour permettre l’accès aux appartements voisins inclus dans le Taros, ce qui montre l’importance donnée à la solidité des bâtiments au 19e siècle.

Avec son aménagement sur la terrasse, le propriétaire a donné une autre appartenance physique à l’espace pour offrir une vue exceptionnelle sur le port et les îles et avoir un espace unique à Essaouira.

Il a racheté les deux derniers étages et les terrasses des deux maisons voisines dont l’une était au début du siècle un jardin et appartenait à la mairie dans les années 40.

Le café qui se trouve actuellement au rez-de- chaussée était un magasin de chapeaux ; quant à la librairie, un espace de stockage de marchandises comme plumes d’autruche, etc.

Aujourd’hui, ces deux étages abritent des espaces de service et les terrasses à niveaux fusionnées en une seule sont devenues barlounge la nuit et restaurant le midi.

Alain Fillaud travaillait dans le domaine médical à Aix-en-Provence ; il a revendu sa société de transfusion sanguine à partir de laquelle il avait déposé plusieurs brevets avant de venir s’installer à Essaouira. En même temps, sa femme a choisi de faire de même avec son agence de mannequins.

Leur premier contact avec la ville a été un coup de foudre. Au deuxième jour de son arrivée à Essaouira, Alain décide d’acheter un bien dans la médina pour le transformer en chambres d’hôtes, un projet qui n’a jamais vu le jour, car le bâtiment était classé patrimoine national et donc, interdit de démolition.

Après s’être installé définitivement en 2002, il a voulu acheter une maison de seconde résidence et a finalement conclu l’achat du Taros. Sous le charme du site et de sa magie, il a tout de suite perçu l’importance de préserver le cachet de la maison et de conserver l’esprit culturel que son ancien propriétaire avait développé.

Aujourd’hui, c’est devenu un lieu de référence pour l’événementiel et un repère et lieu de rencontre pour les artistes, le monde du cinéma et les personnalités politiques.

Il a même été sollicité pour célébrer le mariage d’un couple français qui s’était rencontré pour la première fois là-bas.

Asmae Issam,

Architecte