Le Petit Prince Imprimer
Mardi, 08 Mars 2011 11:34

Le Petit Prince


Le Petit Prince est peut être en chacun de nous…Enfants, il nous a appris ce qu’étaient les adultes. Adultes, il nous a rappelé que nous étions enfants. En définissant la vie au travers d’une histoire simple mais empreinte de moralité, Antoine de Saint-Exupéry a marqué des générations d’hommes, de femmes et d’enfants de tous horizons.

Qui eut pensé que le Maroc, ses espaces naturels, ses habitants et son histoire auraient, en partie, inspiré l’écriture de ce récit ?

Cap Juby. Ce lieu mythique, aux tonalités chantantes, est aujourd’hui plus connu sous le nom de Tarfaya. Cette ville presque légendaire, où, à présent le désert a repris ses droits, fut le cadre de vie d’Antoine de Saint-Exupéry, créateur du Petit Prince, pendant plus d’un an et demi.

Pendant des siècles, Cap Juby, était un point de ravitaillement et de chargement des caravanes en provenance de Tombouctou et de Smara.

La ville prêta par la suite son emplacement stratégique à la ligne Toulouse-Dakar, pour devenir une escale importante de l’Aéropostale.

Halte nécessaire au transport de courrier entre les continents assuré par la

Société d’Aviation Latécoère. Annoncée par de fascinantes épaves de bateaux rouillés et échoués sur des plages aux reflets dorés, l’ancienne Villa Bens ne se limite plus aujourd’hui qu’à un îlot de maisons regroupées autour d’un minaret, le plus souvent voilé par la brume.

Cet ancien comptoir anglais, puis espagnol a perdu tout son rayonnement d’antan. Certes les anciens bâtiments de l’époque Art Déco (cinémas, bâtiments officiels, etc.) témoignent de ce passé riche et tumultueux, mais leur état de délabrement renseigne aussi sur le peu d’intérêt porté à l’ancien port de pêche.

Né en 1900, à Lyon, Antoine de Saint-Exupéry rejoint après son service militaire, effectué dans l’armée de l’air, le 37ème Régiment d’Aviation de Chasse, basée à Casablanca.

C’est en 1926, après avoir publié « L’Aviateur », que Saint-Exupéry va être engagé par la fameuse Compagnie d’Aviation Latécoère. Le pilote assurera le transport du courrier de Toulouse à Casablanca, puis plus tard, il l’acheminera jusqu’à Dakar.

A partir de là, et suite à une vingtaine d’années de vol, faites de rencontres, de voyages et d’expériences en tous genres, va naître le Petit Prince.

Alors qu’il sera nommé Chef d’escale à Cap Juby, il rencontrera d’autres aviateurs pionniers comme Guillaumet ou encore Mermoz. Le pilote tissera des liens d’amitié profonds avec ces derniers, tout comme avec les Maures, souvent révoltés à l’époque. Pour se rendre compte du respect et de l’admiration que lui vouaient les populations locales, il suffit de se rendre sur place, pour entendre les récits de certains habitants du Cap révélant la rencontre inoubliable d’un de leurs aïeux avec l’aviateur français.

Après cette période marquante de la vie du pilote mais aussi de celle de l’écrivain en lui, Saint-Exupéry va continuer à survoler le monde, en passant au-dessus des océans pour aller en Asie, ou en Amérique. C’est d’ailleurs à New York qu’il va poser ses valises et publier ce conte poétique et philosophique qu’est « Le Petit Prince ».

Traduit en plus de 180 langues et dialectes, le récit, sans pareil genre dans l’histoire littéraire, va marquer des générations de grands et de petits par la magie mais aussi la simplicité du style dans lequel il est écrit.

Comme « toutes les grandes personnes ont, d’abord, été des enfants. (Mais que peu d’entre elles s’en souviennent) », Le Petit Prince a été écrit pour être lu et compris par les enfants, en premier lieu.

Chacun des chapitres du livre, illustré par l’auteur lui-même, est un témoignage allégorique des rencontres de vie de Saint-Exupéry. Mais c’est essentiellement sur la perplexité qu’engendre le comportement absurde des « grandes personnes », que l’auteur va mettre l’accent, en mettant en scène des rencontres inattendues entre le petit héros et des personnages symboliques.

Afin de véhiculer une conception métaphorique de la vie, l’auteur invite le lecteur, tout au long de l’histoire, à retrouver l’enfant qui est en lui. C’est au travers de l’utilisation d’un langage élémentaire et dépouillé que ce dernier va y parvenir.

Preuve de cet attachement de l’écrivain pour l’état de naïveté, de curiosité et de pureté dont chaque enfant témoigne, le fait qu’il dédie le livre à son cher ami Léon Werth, en précisant tout de même : « mais quand il était petit »…

Le désert du Sahara est le lieu à la fois hostile et grandiose où débute le récit. Les étoiles, si facilement visibles depuis ce dernier, sont elles l’endroit où se terminera la quête acharnée d’amitié, menée par le Petit Prince. C’est d’ailleurs dans les étoiles que ce petit bonhomme rira pour l’éternité, selon les dires de Saint-Exupéry.

Après avoir été confronté au véritable manque de sens de l’existence sur Terre, l’enfant emportera néanmoins avec lui des enseignements précieux, ceux du renard, qui lui a expliqué, par exemple : « Tu es responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé ». Renard qui ressemble, au passage, étrangement au petit fennec apprivoisé par Saint-Exupéry durant son séjour à Tarfaya. Ainsi, le Petit Prince saura pour toujours l’importance et la profondeur de l’amitié, tout autant que celles de l’engagement et de la responsabilité.

En effet, c’est pour prendre soin de sa « fleur », dont il se sent désormais « responsable », qu’il va quitter son ami aviateur pour rejoindre sa planète et oeuvrer à ses obligations.

Une soixantaine d’années après la fin de cette histoire si captivante, en 2004, un musée, créé par l’Association Mémoire d’Aéropostale, a vu le jour à Tarfaya.

Subsiste aussi toujours une réplique miniature de l’avion de Saint-Exupéry.

Placée volontairement face à la mer, dans une atmosphère empreinte de nostalgie d’un passé plus glorieux, les rares touristes viennent en prendre des photos, mais c’est surtout les enfants du coin qui passent le plus clair de leur temps libre à y jouer.

Enfin, hormis le long métrage sur la vie du célèbre aviateur, dont certaines séquences ont été tournées au Maroc, il persiste différents hommages, rendus de temps à autre, à l’Aéropostale, au Petit Prince et à son auteur.

Alors pour finir, si nous devions retenir un seul enseignement de ce qu’a pu nous apprendre Le Petit Prince au travers de ses rencontres, nous nous contenterions de dire : « On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux »…

Sarah Zaïd