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L’architecture marocaine est-elle « soluble » dans la mondialisation ? PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 08 Mars 2011 17:00

 

Fouad Akalay


Oui, bien sûr qu’elle l’est. Les faits le prouvent. Ne parvient-on pas à confier de gros projets à des architectes étrangers qui n’ont pas le droit d’exercer au Maroc ? Cette prouesse a été possible grâce à la complicité passive des représentants des architectes, incapables de revoir le mode d’exercice de la profession et de le faire évoluer à l’aune de la mondialisation.

Depuis l’avènement de l’indépendance, le Maroc a suivi une politique économique plutôt cohérente et visionnaire. D’abord la sévère protection douanière des années soixante dix, qui a vu les produits d’importation d’usage courant tels que les biscuits soumis à des taxes excessives. Nous n’avions plus droit alors, qu’au célébrissime paquet de « Henrys » ou au sachet « Arba ». A cette période, Neil Young chantait « If you don’t have the one you love, love the one you’re with ». Les marocains et marocaines qui étaient privés de liberté d’expression mais aussi de devises, ( la dotation légale était de 100 Dhs), de bas nylon, d’appareils photos, de lunettes Ray Ban, de passeport, de télévision couleur, de vidéo, se sentaient tous concernés par ces paroles venues de la lointaine Amérique.

Les produits étrangers étaient meilleurs, mais bien plus chers. Cependant, sans ces mesures de protection qui ont duré près de deux décennies, l’industrie marocaine n’aurait pas pu se mettre à niveau, et nous n’aurions pas connu les savoureux « Bimo » et cette diversité de choix. Devenus de véritables icones de la démocratie, les biscuits « made in Morocco » coutent parfois moins d’un dirham.

Puis ce fut le fameux PAS (Programme d’Ajustement Structurel) qu’on doit à la clairvoyance du Ministre des finances de l’époque, Mohamed Berrada. Le Maroc moderne a renforcé sa réforme fiscale, prêt à se fondre dans l’économie mondiale. Car, quand l’Organisation

Mondiale du Commerce (OMC) nait le premier janvier 1995, des dispositions de l’accord de Marrakech signé le 14 avril 1994, au terme d’un cycle de négociation (Uruguay Round ayant duré près de 8 ans), le pays fait déjà parti des élèves modèles. Depuis les accords du GATT, 50 ans plus tôt, le Maroc savait qu’il fallait « favoriser le développement du commerce international en organisant une ouverture progressive et négociée des marchés nationaux via la réduction des droits de douane et autres obstacles à la circulation des biens et des services ». Faut-il rappeler que l’OMC est née au Maroc, dans la ville rouge ! Cet évènement fut un des plus grand que notre pays n’ait jamais organisé et lui a permis, entre autres de développer son réseau d’infrastructure du téléphone mobile. Maroc Télécom, unique opérateur d’ailleurs, va saisir la balle au bond pour prendre, une avance considérable qu’elle va maintenir jusqu’à nos jours. Impliqué dans son organisation, l’adhésion du Maroc à l’OMC ne souffre plus aucune ambigüité : ouvrir graduellement son économie jusqu’à faire tomber totalement les droits de douane sur les produits importés. Mais qu’en est-il des services ?

Les services sont également concernés par la libéralisation et font l’objet de nombreuses tractations. L’OMC reconnait l’importance grandissante pour la croissance de l’économie mondiale et désire établir « un cadre multilatéral de principes et de règles pour le commerce des services, en vue de l’expansion de ce commerce dans des conditions de transparence et de libéralisation progressive et comme moyen de promouvoir la croissance économique de tous les partenaires commerciaux et le développement des pays en développement » et obtenir « sans tarder une élévation progressive des niveaux de libéralisation du commerce des services par des séries de négociations multilatérales successives visant à promouvoir les intérêts ». L’OMC tient compte du fait que les pays ne sont pas au même niveau de développement, aussi reconnait-elle « le droit des Membres de réglementer la fourniture de services sur leur territoire et d’introduire de nouvelles réglementations à cet égard afin de répondre à des objectifs de politique nationale et, vu les asymétries existantes pour ce qui est du degré de développement des réglementations relatives aux services dans les différents pays, le besoin particulier qu’ont les pays en développement d’exercer ce droit ».

La cause est entendue, la profession d’architecte sera amenée à terme à se libéraliser d’une manière ou d’une autre. Pas seulement pour se conformer aux règles de l’OMC, mais aussi pour répondre aux besoins qui se font pressants.

Primo, ceux d’investisseurs étrangers désireux de travailler avec leurs architectes habituels. Spécialisés dans leur industrie ou leur promotion immobilière, ils sont complices de leurs donneurs d’ordres, connaissent tous les rouages et saisissent tous les aspects liés aux types de projets dont ils ont la charge. Et comme, la vraie valeur c’est le temps, travailler avec son architecte habituel est le chemin le plus court. Secundo pour permettre à des projets de certaines taille d’être conçu par des signatures mondiales. Comme on va à Barcelone pour voir la tour Agbar de Jean Nouvel, à Bilbao pour le musée Guggenheim de Frank Gehry…On viendra à Casablanca pour écouter un opéra de Verdi à Casa’ Art de Christian de Portzamparc et Rachid Andaloussi.

La signature d’un architecte reconnu, est à elle seule un gage de réussite pour la destination touristique. Avec le développement de l’immobilier professionnel de nombreuses tours verront le jour mais également des centres commerciaux conçus comme de véritables usines à consommer. De la programmation initiale à la commercialisation, aucune erreur ne sera permise. L’objet architectural est une machine qui doit fonctionner avec des mécanismes stricts.

Tertio une foultitude de raisons aussi bancables les unes que d’autres. Tel magnat de la presse veut faire sa résidence à Marrakech par l’architecte qui lui a fait celle de Malibu, telle star du showbiz veut décorer son riad par son décorateur préféré. Ce fut le cas pour Bernard Henry Levy et Arielle Dombasle qui confièrent la rénovation de leur Riad à Tanger à la célèbre décoratrice Andrée Putman.

Ces architectes travaillent aujourd’hui dans l’ombre en passant par des chemins sinueux. Les uns monnayent uniquement la signature de leurs confrères locaux, tandis que d’autres leurs confient le fastidieux parcours du combattant, qu’est l’obtention de l’autorisation de construire. Certains, plus rares, confient à leur partenaire marocain le suivi du chantier, en lui donnant le titre pompeux mais souvent trompeur d’ « architecte d’opération ». Toutes ces attitudes cosmétiques cachent une réalité : les architectes étrangers exercent, en toute illégalité, et sous différents couverts sur tout le territoire marocain !

Sans l’admettre ouvertement, la mondialisation est déjà à notre porte. Plus besoin de légiférer car, dans les faits, les architectes étrangers exercent bel et bien au Maroc à la barbe des autorités et de l’ordre des architectes, censé organiser et protéger la profession.

Alors que faire ?

Prendre les devant à l’instar d’autres professions et engager un dialogue avec le gouvernement pour la mise en place d’un contrat programme. Un contrat de type synallagmatique, car si les architectes peuvent être taxés de négligence et de manque de vision, l’Etat endosse une grande responsabilité dans le manque d’accompagnement de cette profession qu’il semble mal connaitre et sous-considérer. De la même manière que les industriels ont été accompagnés pendant des années, par des crédits à taux bonifiés et diverses exonérations, les architectes doivent être accompagnés par des mesures spécifiques leur permettant l’accès à des formations complémentaires, l’accès à moindre frais à des crédits d’investissement. Pour renforcer le tissu productif de cabinets de pointes, les associations devraient être encouragées. Non messieurs, pas en applaudissant, mais par des mesures de défiscalisation des groupements les premières années d’activité, en exonération des droits d’enregistrement, de timbres, en priorité d’accès aux marchés publics…toutes ces choses qui semblent superflues mais qui inciteront les architectes indépendants de se regrouper. Mais il faudra que ce contrat programme puisse également produire les champions nationaux. De grandes structures d’architectes ont vu le jour ces dernières années, mais elles ressemblent à ces grands oiseaux qui ne peuvent voler. Il faut leur donner des ailes ! Leur permettre par des subventions d’exposer dans les forums mondiaux. Au Mapic et au MIPIM, des architectes du monde entier exposent leurs réalisations pour décrocher de nouveaux projets. Les architectes Français font leur show sur un bateau accosté en pleine zone d’exposition. Qui n’aurait pas envie d’aller à leur rencontre et boire un verre sur le pont ?

Des outils de promotion existent chez nous, tel le Centre de Promotion des

Exportations (CMPE). Mais ses dirigeants pensent-ils un jour qu’on puisse exporter des idées ?

La fabrication de ces futurs champions nécessite le recrutement de profils pointus dont il faut faciliter le recrutement, sans passer par les fourches caudines du Ministère de l’Emploi.

Le gouvernement devra prendre des engagements afin d’accompagner la restructuration de ce noble métier, mettre la main à la poche, encourager les synergies etc.…Mais en même temps administrer les conditions d’exercice des architectes étrangers chez nous. Encourager, voire exiger les vraies associations basées sur de réelles complémentarités, celles qui conduiraient un jour une structure mixte basée à Paris et Casablanca, à préférer faire un grand projet au Maroc plutôt qu’en France car le rapport qualité /prix serait avantageux.

Mais qui va conduire ce projet avec l’Etat ? Qui va en établir les bases de discussions ?

C’est bien à l’Ordre National des Architectes que cette mission est dévolue.

Mais aucun membre, vu la masse de travail personnel qu’il accomplit, ne pourrait sacrifier de temps pour mener ce travail qui « finalement va profiter à tout le monde ». Pour sortir de cette impasse, il va falloir recruter un « calibre », un directeur délégué, de formation grande école de commerce avec de solides connaissances juridiques.

Sa mission : accompagner les architectes jusqu’à la signature d’un contrat programme avec l’Etat. Il sera d’abord chargé d’organiser une commission d’architectes à la fois du secteur privé et public car l’expérience des deux est nécessaire pour mener à bien cette entreprise. Des architectes expérimentés, membres ou pas du Conseil National de l’Ordre mais qui se distinguent par leur bonne compréhension de l’environnement légal de la pratique architecturale et surtout de leur détermination à faire aboutir ce projet.

Les ingénieurs géomètres topographes, discrets mais efficaces, ont pris les devants en présentant en novembre 2008 un mémorandum portant les bases d’un futur contrat programme, qui stipule : « L’entrée en vigueur de la libéralisation de l’exercice de la profession d’ingénieur Géomètre Topographe reste conditionnée par la concrétisation des engagements du gouvernement marocain et ne peut avoir lieu qu’après un délai minimum de 5 ans à compter de la date de la signature du contrat programme proposé dans l’offre en paragraphe 10. » A l’instar de l’architecture, souligne ce même document, « Il est important de souligner que la profession d’ingénieur géomètre topographe est différente des autres corps d’ingénieurs au Maroc et qu’il s’agit d’une profession organisée par une loi et donc il y a lieu de l’identifier clairement par rapport aux autres corps d’ingénieurs dans l’offre globale à soumettre à l’Union Européenne.». C’est une belle leçon d’humilité que nous donnent là, les ingénieurs topographes. Quant aux représentants des architectes, auront-t ils la clairvoyance de prendre en main, pour une fois, les responsabilités pour lesquelles ils ont été élus ?


Fouad Akalay

 

 

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