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L’architecture écologique se dévoile à Fès
Lundi, 09 Juillet 2012 16:35

architecture_ecologique

Le 1er Symposium sur l’architecture écologique marocaine s’est déroulé du 25 au 28 avril à Fès. Plus de 150 passionnés ont animés ateliers et conférences. Sous la houlette de l’architecte Layla Skaly, 30 étudiants de l’Ena (Ecole Nationale d’Architecture) ont assuré l’accueil et les visites guidées pour les participants en provenance de tout horizons. De nouveaux horizons s’ouvrent pour l’architecture en matériaux locaux.

 

Sous l’arbre centenaire du musée Batha, ou dans la salle de préfecture qui lui fait face, l’ambiance du séminaire respirait la convivialité. Les interventions de qualité projetées sur grand écran ont permis d’animer des débats cadrés par des participants experts et passionnés.

 

Le Symposium organisée par Layla Skalli, cette égérie de la ville de Fès, a réussi à relever un défi de taille. Celui de mettre en relation les quelques acteurs, associations et militants de l’architecture écologique en créant une plateforme inédite. En effet, ces hommes et ces femmes ont l’habitude de travailler de manière isolée. Peu parviennent à communiquer leurs expériences respectives. Aucune organisation ne capitalise sur les efforts fournis, par ci et par là, de façon dispersée. Or, tous les opérateurs présents partageaient un seul et même objectif : celui de susciter l’intérêt des politiques, des organismes institutionnels, des entreprises privées, afin de passer du stade amateur et expérimental à celui professionnel et normatif. Durant 4 jours, les différentes thématiques se rapportant à l’architecture et à l’écologie ont engagées les personnalités sensibilisées.

 

C’est ainsi que le premier thème : L’architecture écologique à l’épreuve des enjeux de l’économie et de l’environnement a été défendue notamment par le célèbre Pierre RABHI, fondateur de l’association « Terre et Humanisme ». De façon macro économique, l’approche résonne entre le besoin de croissance inéluctable et la surdensité des villes confrontés au risque alimentaire et au déséquilibre mondial. La démarche humaniste se situe dans cet entre-deux où il s’agit de conjuguer le bien-être avec la prise de conscience de son environnement. Or, ces choses là ne sont pas quantifiables et méritent de réviser le fonctionnement habituel, d’analyse des performances dans une démarche normative.

 

Le deuxième thème a connu un franc succès car il a débattu et montré que de telles idées sont praticables. Comment passer du projet d’architecture au projet de développement ?

 

Salima NAJJI architecte et anthropologue y a répondu à partir de son expérience sur le terrain. Elle a partagé avec un public subjugué, ses photos de réhabilitation concertée sur Ksar ASSA, et sa proposition architecturale du centre de renforcement des compétences des femmes à Aghmat. Cette poétesse de l’architecture a réussi à passer le message grâce à des images aussi belles qu’éloquentes.

 

Quant à Mohammed EL ANBASSI, président du conseil de l’ordre des architectes de la région de Marrakech, il a focalisé sur le projet des terres d’Amanar. Une démarche écologique à objectif touristique et d’aménagement de territoire. Collant au contexte et à la topographie, la réalisation présentée permet d’espérer que la rencontre entre le besoin d’accueillir les touristes dans la ville ocre, n’est pas synonyme de dilapidation du paysage agraire ni des us et coutumes locales.

 

La troisième thématique fut un choc entre deux visions stratégiques à l’opposée l’une de l’autre. Quelle échelle maitrisable permet de construire durable ?

 

Cette confrontation se voulait positive sur des approches différenciées entre les conceptions d’un écovillage en France et les villes nouvelles vertes en cours au Maroc. Deux échelles que son excellence Pierre Laffite, sénateur et fondateur du centre de recherche Sophia Antipolis a pu appréhendé. La présentation de la future ville nouvelle à proximité de Fès, Jnan Saiss a été houleuse. En effet, le millier d’hectares, consacré à la création de cette future agglomération est nécessairement prédateur de terre agricole. L’oliveraie présentée comme « un site » de la future ville n’a pas manqué de susciter la question du grignotage de la campagne au profit de l’urbanisation. Alors, quelle est donc l’échelle idéale pour maitriser les besoins en logements ? Qu’elle méthodologie d’approche pourrait respecter les écosystèmes de la faune, flore, habitants, patrimoine architectural et urbain ? Les villes satellites peuvent elles vraiment aspirer à l’écologie ? La vision stratégique à l’échelle du pays, devra allier la logique constructive et le développement économique avec la valorisation culturelle du patrimoine architectural urbain et rural. En effet, projeter la réalisation d’une ville nouvelle écologique possède sans doute un très grand impact économique. Mais pour préserver l’équilibre social, les sites urbains, la nature environnante, un travail conceptuel d’envergure est nécessaire. Ce panel a réussi à ouvrir un horizon nouveau. Celui de soumettre à l’étude diverses questions en amont des dessins de plans effectués par les urbanistes. Ouvrir la réflexion aux chercheurs, dans une attitude scientifiquement irréprochable, peut permettre d’intégrer les besoins aux propositions de développement durable. Le centre de recherche de Sophia Antipolis sera désormais ouvert aux questions d’ordre architectural grâce à l’intérêt que ne manquera pas de souligner son fondateur, le sénateur Pierre Lafitte.

 

Le quatrième panel, plus technique, s’est intitulé : Construire en matériaux naturels. Est-ce un défi de nos jours?

 

L’expert Rachid BOUQARTACHA, architecte et ex directeur de l’Instituterre à Marrakech s’y est distingué. Il a réussi à défendre l’alliance entre la sauvegarde des savoirs faire que l’architecture traditionnelle rurale offre, avec la construction moderne écologique. Quoique déçu par l’avenir pour l’architecture écologique marocaine, il a présenté les critères techniques éprouvées, qui permettraient de définir un projet écologique national. Les spécificités des matériaux naturels dans la construction ou la réhabilitation sont en effet connus et étudiés. Aujourd’hui, l’expert confirme qu’il est possible de construire au Maroc avec des matériaux naturels, en toutes sécurité. Et si les professionnels rencontrent encore des difficultés, c’est que la volonté politique et la réglementation, ne sont pas au rendez- vous.

 

La troisième journée intitulée « Mazarates Séfrou » a mis les projecteurs sur la conversion des villages de terre, en villages écologiques. La visite du village de terre Bathaa a été le clou du symposium. L’objectif de Layla Skay a été d’intégrer le programme de réhabilitation/valorisation dans le processus d’urbanisation global du pays. Le point de départ consiste en la réalisation de 10 logements chez l’habitant dans la province de Sefrou. La réhabilitation de ces maisons localisées dans des villages de terre ou de pierre, sera le premier projet à être réalisé par l’équipe interdisciplinaire réunie grâce au symposium. Dans un deuxième temps, la réalisation d’un projet pilote de maison de la nature aura pour fonction la valorisation du patrimoine naturel, culturel et architectural environnants. Ce lieu servira de siège de la future association qui militera pour le développement de l’architecture écologique marocaine, la sauvegarde du patrimoine rural marocain. Un projet de valorisation de l’arrière pays qui ne manquera pas de créer des émules !

 

Marwan Seddik

 

 

 
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