Béton vs Jardin ou le combat de David contre Goliath
Lundi, 27 Décembre 2010 10:43

 




Les espaces verts se réduisent comme une peau de chagrin sous l’effet du béton. Certes, des budgets sont consacrés par les villes ces dernières années aux espaces verts. Plus conséquents que par le passé, ils ne suffi sent cependant pas à entretenir les espaces verts déjà existants et encore moins à en créer d’autres.


Selon les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il faut au moins 12 m2 d’espaces verts par habitant. Or, la mieux lotie de nos villes, Marrakech entre autres, n’offre pas plus que 8,2 m2. A Safi, cette moyenne est de 6,2 m2. Encore moins à Fès où la moyenne est de 4,2 m2. Mais le pire est à mettre sur le compte de Casablanca. La métropole offre moins de 2 m2 à chacun de ses habitants.

Résultat : les citoyens sont unanimes pour constater que le béton gagne de plus en plus du terrain dans nos villes.

La principale raison, disent-ils, est que nos élus ne sont pas tous enclins à prendre en considération l’importance des espaces verts. C’est plutôt l’immobilier qui les intéresse.

Ils préfèrent raisonner en termes d’habitat. Il est vrai que l’argument est beaucoup plus vendeur qu’un carré d’espaces verts, surtout que l’électorat est difficile à convaincre. Malgré tout, les élus étaient nombreux à crier sous tous les toits lors de leurs campagnes électorales qu’ils accorderont une place de choix aux espaces verts et à l’environnement. Certes, des budgets sont consacrés ces dernières années aux espaces verts (voir encadrés). Plus conséquents que par le passé, ils ne suffisent cependant pas à entretenir les espaces verts déjà existants et encore moins à en créer d’autres. Cela bien sûr dans l’éventualité qu’il y ait encore des terrains pour les accueillir. Différents plans d’aménagement urbain ont été établis pour nos villes et centres urbains. Soit. Mais, combien sont-ils respectés?

Les nombreuses dérogations consenties, entre autres, par les agences urbaines et les communes ne sont pas pour arranger les choses. Des lotissements voient ainsi le jour sans que leurs promoteurs n’aient tenu compte de l’aménagement d’espaces verts, d’aires de jeu ou encore de loisirs. Difficile après de leur demander de se rattraper.

Conséquence directe: des blocs de béton qui ne tardent pas à se transformer sous l’effet de la pression démographique en véritables cités-dortoirs sans âme.


Fès : 4 m2 d’espaces verts par habitant


La capitale spirituelle du Royaume a beaucoup misé pendant ces 5 dernières années dans les espaces verts. Pas moins de 30 millions de DH ont ainsi été investis, si l’on en croit à la Maire de la ville. Des travaux structurants de création de coins de verdure, et ce, depuis les principales entrées de la ville jusqu’aux quartiers Bendebbab, Batha... en passant par les grands boulevards, ont été menés. Ces espaces, dit-on, constituent un véritable poumon.

L’aménagement des artères et l’implantation de toutes sortes d’arbres, fleurs et gazon ont permis d’avoir aujourd’hui plus de 4 m2 d’espaces verts par habitant. Ce ratio, précise-t-on, augmentera davantage avec la finalisation des projets en cours, notamment celui de la ceinture verte au sein des quartiers Al Karaouiyine et Al Bahia. Aussi, la réalisation du «jardin botanique» et d’un «parc d’oiseaux» boostera l’image de Fès. D’un investissement de 60 millions de DH, ces deux projets seront lancés prochainement sur une superficie de 25 ha. Ils nécessiteront donc un grand entretien. A ce propos, la commune entend concéder la gestion de ce secteur. L’entretien se fait actuellement grâce aux propres moyens de la ville. Celle-ci veut un partenariat avec une entreprise privée pour déléguer ce marché, estimé à quelque 20 millions de DH/an.


Tanger : Les jardins renaissent de leurs cendres


La capitale du Détroit souffrait et continue de souffrir d’une très forte pression au niveau du foncier qui se répercute par ricochet sur les espaces verts. Depuis quelques années, la tendance s’est inversée et les efforts en espaces verts tant de la part de la mairie que de la wilaya restent importants. Actuellement Tanger dispose de 72 hectares aménagés en espaces verts, un chiffre qui devra connaître une croissance proportionnelle à celle de l’espace urbain actuel. Il faut dire que la ville s’est réappropriée divers espaces qui, faute d’entretien, étaient revenus à l’état sauvage. C’est le cas des Jardins andalous de la Place des Nations. Mitoyens à cette place, ils ont été rénovés et redessinés de manière moderne, dotant le centre ville d’un véritable espace vert digne de ce nom. Au total plus de 120 millions de DH ont été dépensés en matière d’espaces verts.


Marrakech : La première de la classe


S’il est une ville où les jardins sont un remarquable exemple d’architecture paysagère, c’est bien Marrakech. Une ville où l’art des jardins est implanté depuis très longtemps. En effet, déjà au milieu du 12ème siècle, la cité ocre était la ville du Maghreb où l’on trouvait le plus de jardins et de vergers. Aujourd’hui, les espaces verts sont présents même au cœur de la cité : 620 hectares d’espaces verts (800 ha selon la norme internationale), et environ 8 m2 de verdure par habitant (10 m2 recommandés). Ce qui la classe parmi les premières villes les plus verdoyantes du Royaume.

Cerise sur le gâteau : de nouveaux espaces verts sont en cours d’aménagement. L’ex - Conseil communal avait en effet fait des espaces verts son cheval de bataille, d’autant plus que cela ne lui coûtait parfois aucun centime. Car, plusieurs jardins publics furent rénovés avec l’aide des entreprises privées et sous l’impulsion également des autorités locales.

Ainsi, le jardin d’Arsat Moulay Abdessalam a été restructuré grâce à un partenariat entre la Fondation

Mohammed VI pour la protection de l’environnement et Maroc Telecom. Concédé pour une durée de 20 ans à l’opérateur national des télécommunications, Arsat My Abdessalam a été réhabilité pour un investissement de 20 millions de DH.


Casablanca : L’heure est d’abord à la rénovation de l’existant


Dans la capitale économique, la surface moyenne d’espaces verts plantés par la ville est de moins de 2 m2/hab contre 10 m2 recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En effet, à Casablanca, les jardins et autres espaces verts ne représentent pas plus de 1% de la superficie totale de la ville! Principale raison de la disparition de ces espaces : l’invasion du béton. Au fil des années, de nombreuses constructions ont été érigées aux quatre coins de la métropole au détriment des espaces verts existants. Les nouveaux plans d’occupation du sol, de développement et d’aménagement urbain semblent donner peu d’importance à la verdure.

La menace actuelle sur les parcs et jardins de la capitale économique est donc réelle. Depuis, un vaste programme a été lancé pour leur mise en valeur. C’est une convention qui a été signée en septembre

2006 pour la réalisation de 10 projets d’ici 2010. Ainsi, une enveloppe budgétaire de 240 millions de DH a été allouée, en grande partie par la Direction générale des collectivités locales (DGCL), pour la réfection des parcs, jardins, plantations d’alignement et espaces verts sur voies de circulation. Jusque-là, seuls deux projets ont été totalement achevés. Il s’agit des parcs Murdoch d’El Fida (6 millions de DH) et Alecsco de Ben M’sik-Sidi Othmane (4 millions de DH). Dans les autres, les travaux avancent progressivement.

Ceux du parc de l’Hermitage de Derb Soltane (30 millions de DH) prendront fin en décembre prochain. Il a été procédé également à la transformation du parc d’Aïn Chock (10 millions de DH) qui a été livré en juin dernier. Pour ce qui est de l’aménagement du jardin Achabab situé à Ben M’sick, les études sont déjà achevées et le cahier des charges est en cours d’élaboration.

Idem pour la réhabilitation et la restauration du parc de la Ligue Arabe (45 millions de DH) dont les travaux devront être lancés prochainement. Rappelons que le budget annuel d’équipement de la ville consacré aux espaces verts est en moyenne de 15 millions de DH.


Rabat : Enfin la prise de conscience !


Il y a quelques décennies, le développement et l’entretien des espaces verts n’avaient pas la cote auprès des élus de Rabat. Mais, ces dernières années, on constate une prise de conscience.

Entre 2003 et 2008, le budget dédié à cette rubrique des dépenses est passé de 175.000 DH à plus de 3 millions de DH. Aujourd’hui, la superficie totale des espaces verts au niveau de cette ville est estimée à 150 ha. Un grand chantier a été lancé il y a trois ans : la réhabilitation du jardin d’Essais botaniques. Il consiste à réaménager l’axe central qui traverse la partie amont et la partie aval du jardin (revêtement en pierres naturelles et plantation de parterres). Le coût de l’investissement dépasse les 50 millions de DH. Mais on enregistre un retard dans le déroulement du chantier.


Agadir : 49 ha de jardins nouvellement créés


Durant ces 4 dernières années, la capitale du Souss est devenue une ville fleurie. Dans une zone connue pour son aridité en raison d’une faible pluviométrie, cela ne passe pas inaperçu. C’est plutôt le résultat d’un programme de réaménagement des jardins de la cité et de création de nouveaux espaces verts, mené par le Conseil de la ville. Des travaux pour lesquels une enveloppe de plus de 33,17 millions de DH a été allouée pour la réalisation d’ouvrages de reboisement, de plantation, d’irrigation, d’apport de terre végétale et d’entretien des espaces verts. A noter que le groupe Al Omrane contribue à ce projet à hauteur de 17,30%. Face au développement des espaces verts dans la cité et au problème hydrique qui est récurrent, la ville mise sur le goutte-à-goutte et le recyclage des eaux usées pour maintenir le cap.


Chama LAÂROUSSI

 

 
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