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Politique urbaine et recompositions sociales à Casablanca
Vendredi, 04 Mars 2011 11:28

Politique urbaine et recompositions sociales à Casablanca

Casablanca, la contestataire grandit et s'étend. Cette ville tentaculaire qui abrite plus de quatre millions d'habitants devra trouver dans son urbanisme, le moyen de réconcilier les bidaouis avec leur ville. Comment ? Peut-être en leur déléguant le contrôle de la gestion de « leur ville »...

Casablanca est une ville récente à la croissance singulière : la ville a été construite et peuplée en moins de vingt ans. À la fin du 19e siècle, Dar el-Beida était un port médiocre, une agglomération de marchands et de campagnards peuplée de 25 000 habitants.

Une ville sans monuments, sans histoire. Casablanca est avant tout un exemple concret pour appréhender la transformation de la société marocaine au contact de l’Occident.

À l’origine, la population musulmane de la ville se composait essentiellement d’une petite bourgeoisie issue de la ville de Fès, l’ancienne capitale impériale, et de groupements nomades insuffisamment sédentarisés.

La ville a connu une croissance urbaine extrêmement rapide favorisée par le développement économique : 20 500 habitants en 18973, 160 418 en 1931 et 965 277 en 1960. L’exode rural s’est considérablement amplifié dans les années soixante, la ville accueillait 36 000 personnes par an. L’essor commercial et culturel de la ville est tributaire de l’apport étranger durant la période du protectorat français, qui s’est surtout traduit par la création d’un grand port et par la construction d’une

ville européenne à côté de l’ancienne médina. Ce développement a consolidé les jalons d’une société casablancaise de type dualiste sur le plan socioculturel où la population israélite au nombre de 72 026 en 1960 jouait le rôle d’intermédiaire entre les musulmans et les Européens, entre le Maroc et l’Europe, entre l’Orient et l’Occident.

L’influence étrangère a conduit ainsi à la création d’une industrie, d’une classe ouvrière et d’une économie de marché.

Le dualisme s’est également étendu à la culture : code vestimentaire, modèle d’ameublement intérieur, habitation, etc.

Au-delà des survivances claniques, l’industrialisation de la ville a conduit à l’éclatement des solidarités tribales basées sur le sang au profit d’une division du travail et d’une stratification sociale.

L’urbanisation et l’occidentalisation accélérées de la ville n’ont pas manqué de soulever des questionnements culturels et moraux. Au-delà de cette désaffection, la croissance urbaine et la transformation de l’économie locale ont entraîné une évolution des représentations et des idéologies.

Ces recompositions sociales ont exercé des pressions notables sur les politiques urbaines coloniales et postcoloniales.

À travers l’histoire urbaine de la ville, la planification est presque exclusivement liée à des périodes de conflits.

La planification urbaine initiée par l’administration coloniale a été conçue selon une approche dite « hygiéniste », motivée par la crainte de la propagation des épidémies que le Maroc avait connues au début du 20e siècle pour instaurer une séparation spatiale entre la ville « officielle » réservée aux Européens et les regroupements de « la population indigène ».

L’accueil des nouvelles industries et de leurs mains-d’oeuvre animait une volonté constante de contenir toute violence éventuelle contre l’ordre colonial. « Le respect des traditions du peuple marocain et la préservation de sa spécificité culturelle » se traduisaient en termes prosaïques par l’exclusion, la ségrégation et l’isolement.

L’émeute urbaine comme mode de revendication et de contestation sociales a imposé au pouvoir postcolonial l’obligation de structurer sa politique à l’égard de la ville autour d’une approche sécuritaire.

Chaque contestation urbaine s’est vue suivie d’une importante décision dans le sens d’« une gestion urbaine des urgences ».

Le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme a été créé après les révoltes étudiantes du 23 mars 1965. Le maillage politico-administratif de la métropole après les émeutes urbaines de juin 1981 et de 1984 a donné naissance à un schéma directeur d’aménagement du territoire et à l’introduction des sociétés privées de transport en commun à partir de 1985 pour tenter de maîtriser la périphérie sud-est de la ville. Cinq préfectures ont été créées dont les sièges monumentaux marquèrent pour la première fois « la présence » du pouvoir central, alors que le palais royal a été édifié largement à l’écart du centre-ville. Enfin, la construction du boulevard périphérique a dessiné un long « cordon sanitaire » destiné à contenir « les troubles » dans les enceintes de la ville et éviter toute contagion dans le reste du pays.

Jusqu’à présent, « Casablanca la contestataire » a été gérée comme un foyer potentiel d’émeutes où les habitants, les professionnels (l’ordre des architectes, les associations des promoteurs immobiliers…) devaient subir le paternalisme et la bienveillance du ministère de l’Intérieur qui relèguent les citoyens à une position marginale au niveau du contrôle de la gestion de « leur ville ».

Aujourd’hui, ce centre urbain « mangeur d’espace » est une ville tentaculaire de plus de quatre millions d’habitants.

Les actes de violence commis par des jeunes issus du sous-prolétariat urbain12 en 2003 et 2007 ne semblent pas s’inscrire dans une continuité temporelle et symbolique par rapport aux formes précédentes de violences urbaines qu’a connues la ville en 1965 et 1981.

Ils révèlent la ruralisation grandissante de la ville et la crise de la socialisation urbaine.

Aujourd’hui une religion politisée et beaucoup plus « bruyante »13 s’est substituée à la religion assez discrète du passé pour devenir l’une des principales formes d’expression d’une volonté d’extraction et de délivrance par rapport à des conditions de vie parfois très précaires dans une conjoncture où, au-delà de l’apparente « rationalisation » de la gestion de la chose publique, les logiques autoritaires reproduisent encore des structures politiques et économiques patrimoniales et clientélistes14 et semblent s’accommoder avec plus ou moins de succès avec un discours sur le changement et « la bonne gouvernance ».

Saïd Nassiri

Chercheur en sciences sociales

 

 

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