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Les rives du Bouregreg Le modèle d’un paysage urbain en phase avec la nature
Mercredi, 09 Mars 2011 16:54

Les rives du Bouregreg Le modèle d’un paysage urbain en phase avec la nature

Le Bouregreg porte l'empreinte de la mémoire de Salé, de Rabat. Une mémoire plantureuse, comme l’a été leur histoire, séparée et commune. L’oued a sédentarisé à jamais sur ses berges les images du passé, et se redécouvre, dans un flot de renouveau urbain.

En 2006, une initiative royale décide de l’avenir de l’oued, de ses rives, des deux villes, du rayonnement du pays par le projet d’aménagement du site exceptionnel qu’est la vallée du Bouregreg. Car en effet, un projet de cette envergure déteint sur le développement de toute la région. La force du projet a été assez présentée, expliquée et analysée, pour démontrer à chaque fois sa richesse, sa solidité et son apport. Il est aujourd’hui question de se pencher plus exactement sur l’empreinte écologique de la vallée, sur la signature qu’elle représente à cet emplacement. Car ce projet, dès l’abord, s’est efforcé de maintenir l’équilibre naturel de la vallée, de préserver au mieux l’état initial du lieu par une démarche d’amélioration et de développement durable. Entre préservation et protection d’abord, revalorisation et urbanisation ensuite, la décision de recréer un espace jusqu’alors laissé aux mains du hasard veut dépasser le paradoxe intrinsèque que renferme généralement la dénomination d’« une reprise en main d’un site naturel ». Les outils employés à ce sujet, qu’ils soient mesures réglementaires ou initiatives socio-économiques, débouchent sur une seule grande ligne de mire structurante : un jeu de plein et de vide qui donne tout son sens à une urbanisation définie, contrôlée. L’opération, pilotée par l’Agence de la vallée du Bouregreg, définit l’espace constructible à environ 15% de l’espace global d'aménagement (égal à 6.000 ha), et concrétise une série de mesures directrices : entamer la réhabilitation du site par la fermeture des décharges de l’Oulja et d'Akreuch en premier lieu. Des mesures qui se complètent par la mise en place de mécanismes appropriés d'interception des eaux usées déversées de manière sauvage sur les rives du fleuve. Ce faisant, les travaux de réhabilitation des carrières et de reboisement des collines mis en marche tendent à renforcer la ceinture verte sur une profondeur de 15 km, allant de l’estuaire Bab Al Bahr jusqu'au barrage de Sidi Mohammed Ben Abdellah en amont. Techniquement, le reboisement des rives du fleuve vise à améliorer leur résistance à l’érosion et préservera la flore et le milieu aquatique. Par ailleurs, étant l’élément structurant de la vallée, la restitution de la navigabilité au fleuve tend à redynamiser la vallée dans son ensemble. Cette étape s’était révélée nécessaire à l'épuration des eaux et à la construction d'un port fluvial, de quais de promenade et d’accostage des barcassiers pour le transport des passagers d'une rive à l'autre. C’est justement ce raccord entre les deux rives qui matérialise la métaphore du projet. Les deux berges se rejoignent, s’emboîtent. Leur fragmentation historique et géographique s’annihile, devient imperceptible. Le fleuve n’est plus séparation, il devient jonction. Cette unification s’établit sur des séquences dont les passants découvrent de visu le continuel progrès. Car enfin, le mystère derrière les grands panneaux du Bouregreg s’élève et prends désormais forme. A l’autre rive, cette mise en scène de grues et casques jaunes est discernée avec le même intérêt, mais moins d’appréhension. Les formes se dessinent, sculptées, chaque jour plus clairement. Elles révèlent Bab El Bahr. A ce jour, la présentation de cette séquence éclaire les professionnels et particuliers sur la composition globale du projet, ses composantes résidentielles, culturelles touristiques, et commerciales. Quant à la parole donnée au vide, elle se ressent ici à l’échelle de l’habitant, comme la partie maîtresse du discours vert du projet Bouregreg à grande échelle. L’importance accordée au traitement paysager dans le programme d’aménagement retransmet concrètement la visée écologique, environnementale, et paysagère d’une volonté politique inquiète et soucieuse de la préservation naturelle du site. A la porte du fleuve, à celle de la mer, les fronts marina et fluvial encerclent ce qu’ils réservent à l’intérieur, dans une retranscription si symbolique des parois-enceinte de la médina. Ils le resserrent et l’exposent à son alter ego, l’autre rive, puis à la mer. Cette révélation ordonne la naissance d’une cinquième façade, prônée ardemment par les architectes concepteurs, laquelle donne toute sa dimension à la perception, visuellement lointaine, que l’on a de la composition bâtie. Visibles de toute surélévation, les toitures des bâtiments ont été une partie constante et présente du projet. La réflexion structurante des architectes concepteurs a été enveloppante, jusqu’à considérer les toitures, leur agencement et leur apparences, comme une entité à un concevoir en complémentarité avec le traitement paysager de surface, au sol et en façade. Dans ce sens, le premier dessein formulé par le groupement Confluences fut d’estomper la forte présence minérale environnante, et cela par une mise en scène, plus qu’une mise en place, de toitures végétalisées. La confrontation avec une réalité économique évidente donna naissance à une alternative aussi séductrice, pratique, qu’adéquate. Des toitures paysagères qui seraient une réelle écriture sur l’effet de masse perçu d’en haut. Ce dernier, accentué par une ligne d’acrotère particulièrement épaisse qui donne de la matière à la limite, sera le plateau d’un cheminement à la manière d’un sentier serpenté et sobrement courbé tout au long des lots construits, se développant d’un front à l’autre, engendrant un itinéraire fictif, un parcours virtuel, mais pas tant que cela, car il est tangible par essence. il n’est qu’un autre renvoi, subtil, à la sinuosité d’une ruelle de la médina. Une image persistante. L’idée, d’une technicité à l’épreuve de la faisabilité, de l’efficacité et du temps, est immanente à un procédé d’étanchéité lourde supportant les deux sortes de gravillons qui forment la découpe : le gris pour le chemin, l’ocre pour les abords. Cette métamorphose du jardin, devenu plateforme, est comblée par les effloraisons de bacs et de jardinières accolés au sentier des galets. La suspension du végétal, une inspiration si louable du mythe babylonien, laissera ses traces en façades, par des écoulements de verdure entre terrasses et balcons. De l’autre côté du fleuve, la projection de ces mêmes façades apparaît comme supportée par un plateau, un piédestal qui les met d’autant plus en valeur, qu'il est matérialisé par la ligne du quai en porte-à-faux. Il est l’assise d’une verdure qui dénote d’autant plus sur la couleur de son calepinage blanc, lui cédant place par moments, lorsque la végétation émerge des réservations traitées en fente. Parallèlement, le traitement du sol laisse de côté le paradoxe qu’il crée lorsqu’il apparaît complémentaire à la suspension de la toiture, et d’une manière si semblable, se présente comme une lecture d’un vide ponctué, une cadence verte créée par l’agencement des blocs construits : une réinterprétation de la médina. Ici et là, à une mesure propre à la conception, des patios-jardins viennent s’implanter comme pour laisser souffler, laisser vivre, la masse. Là, le désir de créer un équilibre même difficile, entre le plein et le vide, soutiré presque à la densité de construction exigée, apparaît comme un effort d’une intelligence engagée, afin d’affecter à la réalisation du projet la totalité de la sensibilité qu’il est en devoir de dégager. Dans un projet comme celui-ci, le paysage retourne les difficultés techniques à son avantage. Là où de vulgaires blocs techniques et transformateurs massifs pourraient prétendre à gâcher le tableau dépeint, par leur emplacement, essentiel mais importun, des solutions se présentent presque instantanément, découlant de la même logique. L’émergence de ces volumes sera le prétexte d’une floraison de jardinières, imaginées au sur-mesure. Celles-ci ne se contentent pas d’une fonction de dissimulation, pas même de déguisement, mais d’habillage. Oui, elles habilleront des transformateurs, mais également le regard que l’on portera sur eux. A un autre niveau, proprement écologique, le front fluvial sera muni de réservations en forme de bâches à eau, qui constitueront une réserve d’eau considérable, traitée en vue de subvenir aux besoins sanitaires et à l’arrosage de la végétation de l’ensemble des parcelles. Cela représentera un entretien autonome de celle-ci, ce qui constitue de toute évidence une économie notable sur le plan individuel mais également collectif en termes de copropriété. Une autre attention portée à ce sujet, le choix des matériaux prévus pour le calepinage du sol ; étant naturels, ils sont donc perméables pour les tranchées drainantes implantées à proximité d’arbres ou de plantes à fort développement racinaire. A l’image d’un folklore de verdure, tout repose sur le rythme, l’harmonie, le parcours, où la construction est présente mais humble, hissant la nature afin qu’elle reprenne le dessus, dans le lieu qu'a toujours été le sien.
Sophia Zahi

 

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