Le courage des uns et l’ignorance des autres Imprimer

 

 

Après plusieurs années d’efforts ardus, le petit monde de l’architecture et de la construction vertueuse réalise ses premiers projets sincèrement écologiques. Deux belles expériences ont été présentées à ce sujet lors de BATIVERT 2013.


Il y a tout d’abord l’initiative lancée par la Société d’Aménagement et de Promotion de la Station de Taghazout (SAPST). Elle veut faire du resort de la capitale du Sud, la première station touristique de facture éco-durable dans ses choix urbanistiques et architecturaux. Mais plus ambitieux encore, le projet ambitionne de constituer une véritable réussite sociale ! Cette ambition a d’ailleurs été prise en compte dans toutes ses dimensions dès le lancement du gigantesque projet. A juste titre, ses promoteurs viennent d’ailleurs d’obtenir la certification HQE AMENAGEMENT.


Désormais, avec le niveau d’éco-conscience et d’éco-durabilité dont a été entouré le méga projet de Taghazout, les choses ne seront plus les mêmes. Les promoteurs touristiques, publics comme privés, connaissent le niveau d’engagement auquel ils doivent se tenir. Ils ne pourront plus dire qu’ils « ne savaient pas ». De surcroît, le projet de Taghazout est initié par un organisme public, filiale de la CDG. C’est donc l’Etat qui indique ici clairement avec courage, le chemin hors duquel le Maroc ne pourra aller vers la prospérité.


A la lumière de cette nouvelle expertise acquise dans le Sud, on serait tenté d’affirmer au passage que le retard considérable pris par le Maroc, par rapport à son voisin ibérique, en matière de développement touristique, constitue une véritable aubaine. Car si le littoral espagnol a été entièrement bétonné et défiguré dès les années ‘60, hypothéquant toute chance de développement futur harmonieux, le Maroc garde encore, en lot de consolation, un littoral plus préservé.


Il y a ensuite le projet, expérimental et prometteur, mené à Tamesna par le holding d’aménagement Al Omrane. Un ensemble d’habitations pour la classe moyenne y a été confié à l’architecte Laila Skally. En dehors des prestations techniques somme toute classiques, une réflexion originale très poussée a été menée à cette occasion sur les conditions de vie sociale. A la froideur flagrante de la vie dans les cités, a été opposée pour la première fois une autre vision : la conception architecturale a redonné vie au lien social et au développement communautaire. A tel point qu’on peut parler ici d’une véritable architecture « bio-sociale ».


Comme toujours, on doit regretter l’absence des promoteurs privés. La plupart d’entre eux n’ont malheureusement aucune ambition, en dehors de celle (légitime, mais est-ce suffisant ?) de gagner de l’argent …dont ils disposent déjà au demeurant. Et pourtant ! Réaliser des logements sociaux ou économiques durables, au lieu des horribles ensembles urbains qu’ils construisent à un rythme effréné, n’est pas forcément couteux. Pour s’en convaincre, il conviendrait que ces promoteurs privés se rapprochent des démarches menées par les intellectuels, architectes, sociologues...


Aujourd’hui, on encense les architectes et les promoteurs de la première moitié du siècle passé, pour nous avoir laissé des modèles de tissus urbains que nous admirons et qui font la fierté de nos centres-villes historiques. Dans cinquante ans, les promoteurs immobiliers d’aujourd’hui ne seront hélas pas là pour écouter les reproches qui leur seront faits sur les crimes urbains dont ils auront été les auteurs.
C’est peut être pour cela qu’ils sont sourds à ce point !


Fouad Akalay