Le Pritzker 2016 met fin à la série des « Stararchitectes »

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Lundi, 29 Février 2016 15:59

 

 

Tous les architectes connaissent le fameux prix Pritzker qui récompense, annuellement, un de leur pair. La cuvée 2016 de la Fondation Hyatt, qui préside la destinée de cette prestigieuse récompense, a choisi pour cette 41e édition un architecte du tiers monde : le chilien Alejandro Araneva que j’ai eu le plaisir de rencontrer en 2009 au Mexique lors de la finale des Holcim Awards.


« L’architecte » a annoncé Tom Pritzker, le président de la fondation Hyatt, lors de l’annonce des résultats, « a su montrer comment l’architecture, dans ce qu’elle a de meilleur, peut améliorer la vie des gens » et de rajouter que « …le jury a sélectionné un architecte qui approfondit notre compréhension de ce qui est vraiment un très beau design. Alejandro Aravena a été le pionnier d’une pratique collaborative qui produit des oeuvres d’architecture puissantes et traite aussi des défis majeurs du XXIe siècle. Ses constructions donnent des opportunités économiques aux moins privilégiés, atténuent les effets des catastrophes naturelles, réduisent la consommation d’énergie et procurent des espaces publics accueillants. » En primant un architecte du tiers monde, dont les recherches portent sur l’habitat du plus grand nombre, l’institution fondée par Jay et Cindy Pritzker a mis un terme à la tendance observée depuis de très nombreuses années de récompenser, pour l’ensemble de leurs réalisations, des « stararchitectes », dont les projets s’inscrivent dans la tendance actuelle de l’architecture spectacle.


Il est vrai que les prouesses de ces architectes sont dignes d’être analysées car elles impriment, dans le temps, une importante et inéluctable mutation des valeurs. Celles de la domination et de la prééminence du monde d’une minorité, celle du paraître et du superficiel à celles, quotidiennes et banales, d’une majorité écrasante occupée à rêver d’un toit décent. Cette «architecture objet » s’oppose à celle modeste et silencieuse qui donne la priorité au contexte et son invisible dialogue avec le programme et le site.
Car pour le commun des mortels l’architecture est d’abord l’Habitat au quotidien à savoir le logement qu’il occupe en premier lieu, ses rapports avec les voisins, celui qu’il entretient dans la rue, la place publique, le marché où le square dans lequel il se retrouve chaque jour.


Une fois n’est pas coutume, c’est un maitre d’oeuvre qui s’intéresse au petit peuple qui a été primé. « Il incarne le renouveau d’un architecte plus socialement engagé » conclut le communiqué de fondation Hyatt.


Fouad Akalay